Les rois de France

Jean II le Bon : le roi de France prisonnier des Anglais

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Jean II le Bon :

le roi de France prisonnier des Anglais

 

 

 

Introduction

Le 22 août 1350, Philippe VI de Valois meurt après vingt-deux années de règne.

Son fils Jean lui succède.

Contrairement à son père, arrivé sur le trône à la suite de la difficile succession de 1328, le nouveau souverain ne voit pas sa légitimité immédiatement remise en cause.

À trente et un ans, Jean II, bientôt connu sous le nom de Jean le Bon, devient le deuxième roi de la dynastie des Valois.

Mais il hérite d’un royaume profondément éprouvé.

La peste noire a ravagé la population.

La guerre contre l’Angleterre n’est pas terminée.

Calais est aux mains des Anglais.

Et face au roi de France se trouve toujours Édouard III, qui n’a pas renoncé à ses ambitions.

Jean II va bientôt découvrir que porter la couronne dans la France du XIVᵉ siècle peut conduire un roi jusque dans les prisons de son ennemi.

Un prince élevé dans l’idéal chevaleresque

Jean naît le 26 avril 1319 au Mans.

Lorsque son père devient Philippe VI en 1328, il devient l’héritier du trône.

Le jeune prince grandit dans un monde où les valeurs chevaleresques occupent une place essentielle : courage, fidélité, honneur et prouesse militaire constituent les qualités attendues d’un grand seigneur.

Jean restera attaché à cet idéal.

C’est d’ailleurs l’une des raisons avancées pour expliquer son surnom de « le Bon » : il faut comprendre ce mot dans le sens médiéval, associé notamment à la valeur et aux qualités chevaleresques, plutôt que comme un jugement moderne sur l’ensemble de son gouvernement.

En 1332, il épouse Bonne de Luxembourg.

Le couple aura de nombreux enfants, parmi lesquels plusieurs joueront un rôle majeur dans l’histoire de France.

L’un d’eux deviendra le futur Charles V le Sage.

Mais Bonne de Luxembourg meurt en 1349, probablement lors de l’épidémie de peste.

Jean se remarie l’année suivante avec Jeanne d’Auvergne.

Quelques mois plus tard, il devient roi.

Un royaume encore traumatisé par Crécy

Jean II reçoit une France puissante, mais fragilisée.

Quatre ans auparavant, l’armée française a subi la terrible défaite de Crécy.

En 1347, Calais est tombée aux mains d’Édouard III.

Puis la peste noire a frappé le royaume.

La population a beaucoup diminué dans de nombreuses régions. Les campagnes, les villes, le commerce et l’organisation de la société ont été bouleversés.

Et la guerre de Cent Ans continue.

Jean II doit donc restaurer l’autorité royale tout en trouvant les moyens financiers nécessaires pour poursuivre la lutte contre l’Angleterre.

Un défi redoutable l’attend.

Charles de Navarre, un prince dangereux

Mais les Anglais ne constituent pas la seule menace.

Un autre personnage va empoisonner une grande partie du règne de Jean II : Charles II de Navarre, que l’histoire retiendra sous le surnom de Charles le Mauvais.

Petit-fils de Louis X le Hutin par sa mère Jeanne de Navarre, Charles appartient lui aussi à la famille capétienne.

Il possède d’importants territoires en Normandie et nourrit de grandes ambitions politiques.

Ses relations avec Jean II deviennent rapidement exécrables.

Intrigues, alliances changeantes et assassinats vont transformer leur rivalité en véritable lutte de pouvoir.

Le roi de France doit donc surveiller à la fois l’Angleterre et certains des plus puissants princes de son propre royaume.

Le Prince Noir entre en scène.

Pendant ce temps, un nouveau chef de guerre anglais commence à se faire redouter des Français.

Il s’appelle Édouard de Woodstock.

Il est le fils aîné du roi Édouard III d’Angleterre.

L’histoire le connaîtra surtout sous le nom de Prince Noir.

Depuis ses bases du sud-ouest de la France, il mène de grandes chevauchées destinées à ravager les territoires ennemis, affaiblir l’économie et provoquer le roi de France.

En 1356, Jean II décide de l’arrêter. L’armée française poursuit les Anglais et finit par les rejoindre près de Poitiers.

Le roi dispose d’une armée importante. Il pense pouvoir obtenir la victoire qui effacerait l’humiliation de Crécy.

Mais le 19 septembre 1356, tout bascule.

Poitiers : le jour où un roi fut capturé.

La bataille tourne au désastre. Une nouvelle fois, les Français ne parviennent pas à briser les positions anglaises.

Jean II, contrairement à son père à Crécy, refuse finalement d’abandonner le champ de bataille. Entouré de ses hommes et de son plus jeune fils, Philippe, il continue à combattre.

La tradition a conservé une phrase célèbre associée à cet épisode :

« Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! »

La formule appartient surtout à la mémoire légendaire de la bataille, mais elle symbolise l’image chevaleresque qui restera attachée à Jean II et à son fils.

Le roi de France finit par déposer les armes.

Pour la première fois depuis des siècles, un roi de France est capturé sur un champ de bataille.

La nouvelle provoque un véritable séisme politique.

La France sans son roi

Jean II est emmené en captivité, puis conduit en Angleterre.

Pendant ce temps, son fils Charles doit gouverner un royaume au bord de la crise.

Les États généraux réclament des réformes. Paris s’agite sous l’influence d’Étienne Marcel, prévôt des marchands. Dans les campagnes éclate la Grande Jacquerie de 1358.

Charles de Navarre profite du désordre. Les Anglais continuent à faire pression sur le royaume. Pour libérer Jean II, il faudra négocier avec Édouard III. Le prix demandé sera immense.

Le traité de Brétigny de 1360 imposera une rançon gigantesque et d’importantes concessions territoriales.

Jean II pourra rentrer en France. Mais son histoire ne s’arrêtera pas là. Quelques années plus tard, alors qu’il aurait pu rester dans son royaume, il retournera volontairement en Angleterre.

Et c’est à Londres qu’il mourra en 1364.

Comment un roi de France a-t-il pu devenir le prisonnier du roi d’Angleterre ? Pourquoi Jean II refusa-t-il de fuir à Poitiers ? Et pourquoi choisit-il, après avoir retrouvé sa liberté, de retourner auprès de ses anciens geôliers ?

Le règne de Jean II le Bon est celui d’un souverain profondément attaché à l’honneur chevaleresque, mais confronté à une France où la guerre ne se gagne désormais plus seulement par la bravoure des chevaliers.

 

I- Jean II le Bon : un roi chevalier dans un royaume divisé

Lorsque Jean II est sacré à Reims le 26 septembre 1350, il hérite d’une situation difficile. La France porte encore les blessures de la défaite de Crécy. Calais est aux mains des Anglais et la peste noire vient de ravager le royaume.

Le nouveau souverain doit restaurer l’autorité de la monarchie, trouver de l’argent pour financer la guerre et, surtout, rétablir la confiance d’une noblesse marquée par les défaites militaires. Jean II entend gouverner en roi chevalier.

Mais très vite, les tensions politiques vont prendre le dessus.

Restaurer l’honneur de la chevalerie

Jean II est attaché aux valeurs chevaleresques.

En 1351, il fonde l’ordre de l’Étoile, l’un des premiers grands ordres de chevalerie français. Le roi cherche ainsi à rassembler autour de lui une élite de chevaliers fidèles et à redonner du prestige à une chevalerie française humiliée quelques années auparavant à Crécy.

L’intention est politique. Dans un royaume où les grands seigneurs possèdent leurs propres intérêts et leurs propres réseaux, le souverain a besoin d’hommes qui lui soient attachés.

Jean II tente aussi de réorganiser son armée et d’en améliorer le contrôle. Mais, la guerre coûte cher. La peste a réduit la population et bouleversé l’économie. Les revenus du royaume sont fragilisés alors que les dépenses militaires restent considérables.

Pour obtenir de nouvelles ressources, le roi doit recourir aux impôts et aux manipulations monétaires. Le mécontentement grandit. Pendant ce temps, un autre conflit, beaucoup plus personnel, commence à menacer son autorité.

Charles le Mauvais, un prince aux grandes ambitions

Cet homme est Charles II de Navarre. Il n’est pas un simple seigneur. Par sa mère, Jeanne de Navarre, il est le petit-fils de Louis X le Hutin.

Il appartient donc à la descendance des Capétiens directs et peut considérer que sa naissance lui donne une place particulière au sein du royaume.

Charles possède aussi d’importantes terres en Normandie. Intelligent, ambitieux et habile à changer d’alliance lorsque ses intérêts l’exigent, il devient rapidement l’un des personnages les plus dangereux du règne. Jean II tente pourtant de se le concilier.

Charles épouse Jeanne de France, l’une des filles du roi. Le roi de Navarre devient ainsi le gendre de Jean II. Ce mariage aurait pu rapprocher les deux hommes. Il n’en sera rien.

Charles de la Cerda, le favori du roi

Au centre de leur querelle se trouve notamment un autre personnage : Charles de la Cerda, également appelé Charles d’Espagne.

Jean II lui accorde toute sa confiance et le nomme connétable de France. Cette faveur provoque de profondes jalousies. Charles de Navarre considère que le roi avantage son favori à ses dépens dans plusieurs affaires territoriales.

La rivalité devient de plus en plus violente. Dans la nuit du 7 au 8 janvier 1354, Charles de la Cerda est assassiné à L’Aigle, en Normandie, par des hommes liés au roi de Navarre.

Charles de Navarre assume la responsabilité politique du meurtre. Pour Jean II, c’est un affront terrible. Son ami et connétable vient d’être assassiné par les hommes de son propre gendre.

Le roi obligé de pardonner

Jean II voudrait punir Charles de Navarre. Mais celui-ci possède de nombreux soutiens.

 

II- Poitiers 1356 : le jour où le roi de France fut capturé

En septembre 1356, Jean II pense enfin tenir son ennemi.

Depuis plusieurs semaines, l’armée du Prince Noir remonte à travers le royaume après une longue chevauchée. Chargés de butin et menacés par une armée française beaucoup plus nombreuse, les Anglais cherchent à regagner leurs possessions du sud-ouest.

Jean II est déterminé à les arrêter. Le roi poursuit son adversaire et parvient finalement à lui barrer la route au sud de Poitiers. Dix ans après Crécy, l’occasion semble idéale.

Cette fois, la France prendra sa revanche.

Le Prince Noir dans une situation difficile

L’armée anglaise s’installe sur une position défensive près de Nouaillé-Maupertuis. Le terrain est favorable aux hommes du Prince Noir. Haies, chemins étroits et obstacles naturels compliquent l’accès aux positions anglaises.

Les archers peuvent se placer de manière à couvrir les passages par lesquels les Français devront avancer.

Le Prince Noir sait cependant que sa situation reste dangereuse. Face à lui, Jean II dispose de forces supérieures. Une bataille perdue pourrait signifier la destruction de son armée et peut-être sa propre capture.

Des négociations commencent donc avant le combat.

Peut-on encore éviter la bataille ?

Le cardinal de Périgord tente de servir d’intermédiaire entre les deux camps. Des discussions ont lieu. Le Prince Noir se montre disposé à faire d’importantes concessions pour pouvoir se retirer. Mais Jean II se trouve en position de force et exige des garanties considérables. Les négociations échouent.

Le roi de France est convaincu qu’il peut obtenir une victoire décisive.

Le matin du 19 septembre 1356, les armées se préparent au combat. Pour Jean II, cette journée doit effacer le souvenir de Crécy. Elle va au contraire provoquer une catastrophe plus spectaculaire encore.

Les Français avancent à pied

Jean II a tiré certaines leçons des précédentes batailles. Une grande partie des chevaliers français combat à pied. Le roi organise son armée en plusieurs corps. Son fils Charles, le futur Charles V, commande l’un d’eux. Jean II se place dans le dernier corps avec plusieurs de ses fils et les hommes qui lui sont les plus fidèles.

Les premiers Français avancent vers les positions anglaises. Mais le terrain gêne leur progression. Les passages sont étroits. Les hommes se pressent. Et bientôt, les archers anglais entrent en action.

Les flèches anglaises frappent à nouveau.

Comme à Crécy, les archers jouent un rôle majeur. Leurs flèches frappent les hommes et surtout les chevaux exposés aux tirs. Les Français progressent néanmoins. Le combat devient violent.

À certains endroits, les Anglais paraissent même en difficulté. Mais une manœuvre menée sur le flanc français contribue à semer le désordre. Les différents corps de l’armée royale ne parviennent pas à maintenir une action parfaitement coordonnée. Certains hommes commencent à reculer.

Puis le mouvement s’amplifie. Une partie de l’armée française quitte le champ de bataille.

Jean II refuse d’abandonner.

Le roi, lui, reste. Il pourrait encore tenter de se retirer. Mais Jean II est avant tout un souverain imprégné de l’idéal chevaleresque. Quitter le champ de bataille alors que ses hommes continuent à combattre lui paraît inconcevable.

Autour de lui se trouvent ses fidèles et son plus jeune fils, Philippe, âgé d’environ quatorze ans. Le jeune prince reste aux côtés de son père au milieu du combat.

C’est de cet épisode que naîtra la célèbre tradition selon laquelle Philippe aurait averti sans cesse le roi :

« Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! »

Mais Philippe est bien resté auprès de son père et son courage lui vaudra plus tard le surnom de Philippe le Hardi.

Le roi combat jusqu’au bout.

Autour de Jean II, le cercle des défenseurs se resserre. Les Français tombent ou sont capturés.

Le roi combat lui-même. Pour les Anglais, sa capture représente un enjeu immense. Un roi vivant vaut infiniment plus qu’un roi mort. Sa personne peut permettre d’obtenir une rançon considérable et devenir un formidable instrument de négociation.

Jean II comprend que la bataille est perdue. Il doit se rendre. Mais à qui remettre son épée ?Dans la confusion, plusieurs combattants cherchent à s’emparer de lui.

Le roi et son fils Philippe finissent par être placés sous la protection de Denis de Morbecque, chevalier originaire de l’Artois combattant dans le camp anglais, avant que le prisonnier royal ne soit conduit auprès du Prince Noir.

L’impensable vient de se produire. Le roi de France est prisonnier.

Le Prince Noir reçoit son prestigieux captif

La tradition chroniqueuse insiste sur le respect avec lequel le Prince Noir aurait traité Jean II après la bataille. Le soir venu, le vainqueur reçoit le roi à sa table.

Selon le récit de Froissart, le prince anglais aurait témoigné beaucoup d’égards à son prisonnier et aurait refusé de prendre une place supérieure à la sienne.

Le récit participe à l’idéal chevaleresque que les chroniqueurs aiment mettre en scène.

Mais Jean II n’est pas considéré comme un prisonnier ordinaire. Il reste un roi. Sa dignité doit être respectée. Sa capture constitue cependant une victoire politique extraordinaire pour l’Angleterre.

Une catastrophe plus grave encore que Crécy

La bataille de Poitiers coûte très cher à la noblesse française. De nombreux seigneurs sont morts ou capturés. Mais surtout, le royaume vient de perdre son souverain.

À Crécy, Philippe VI avait réussi à quitter le champ de bataille. À Poitiers, son fils est aux mains de l’ennemi. La France se retrouve donc dans une situation sans précédent.

Qui gouvernera en l’absence du roi ? Comment financer la guerre ? Comment payer la rançon que les Anglais ne manqueront pas d’exiger ?

Et comment maintenir l’autorité monarchique alors que Charles de Navarre possède toujours de nombreux partisans ?

Toutes ces questions retombent sur les épaules d’un jeune homme de dix-huit ans :

Charles, fils aîné de Jean II et dauphin de France.

Le long voyage du roi prisonnier

Après la bataille, Jean II est conduit vers Bordeaux. Puis, en 1357, il est emmené en Angleterre. À Londres, sa captivité est très différente de celle d’un prisonnier enfermé dans un cachot.

Le roi vit avec une partie de sa maison, dispose de serviteurs et conserve un train de vie correspondant à son rang. Mais il n’est pas libre.

Édouard III possède désormais un extraordinaire moyen de pression sur la France. Pour rendre sa liberté à Jean II, il exige une énorme rançon ainsi que d’importantes concessions territoriales.

Pendant que les deux souverains négocient, le royaume de France s’enfonce dans la crise.

À Paris, Étienne Marcel conteste de plus en plus ouvertement le pouvoir royal. Charles de Navarre retrouve sa liberté et revient sur la scène politique. Dans les campagnes, la misère et les ravages de la guerre alimentent la colère.

En 1358, cette colère explosera dans une révolte terrible : la Grande Jacquerie.

Jean II est prisonnier en Angleterre. Et son fils Charles doit désormais empêcher le royaume de France de sombrer.

 

III – De la captivité à Londres : les dernières années de Jean II le Bon

La capture de Jean II à Poitiers ne constitue et une humiliation militaire. Elle provoque une véritable crise politique. Pour la première fois depuis des siècles, le royaume de France doit continuer à fonctionner alors que son roi est prisonnier d’un souverain étranger.

Jean II se trouve entre les mains des Anglais. Son fils aîné Charles, âgé de seulement dix-huit ans, doit désormais affronter une situation qui aurait éprouvé un souverain beaucoup plus expérimenté.

Et les événements vont bientôt lui donner un terrible aperçu de ce qui l’attendra lorsqu’il deviendra Charles V le Sage.

Le dauphin Charles face à un royaume en crise

Après Poitiers, Charles prend la direction du gouvernement. Mais il manque d’argent. La guerre a ruiné les finances royales et il faut désormais trouver les moyens de poursuivre la lutte tout en préparant la libération du roi.

Le dauphin convoque les États généraux. Les représentants acceptent avec difficultés de fournir de nouveaux impôts sans obtenir en échange un meilleur contrôle des finances et du gouvernement.

À Paris, un homme devient influent : Étienne Marcel, prévôt des marchands. Il réclame d’importantes réformes et entend limiter les abus de l’administration royale.

La captivité de Jean II ouvre ainsi une période durant laquelle l’autorité monarchique paraît beaucoup plus fragile.

Étienne Marcel défie le dauphin

La tension monte entre le dauphin et Étienne Marcel. En février 1358, la crise atteint son paroxysme. Des hommes conduits par Étienne Marcel pénètrent dans le palais où se trouve Charles.

Sous les yeux du dauphin, deux de ses proches conseillers, les maréchaux Jean de Conflans et Robert de Clermont, sont tués.

Charles est profondément marqué par la scène. Il comprend qu’il n’est plus en sécurité dans Paris. Il quitte la capitale et cherche des soutiens dans le reste du royaume.

Étienne Marcel paraît maître de Paris.

Mais une autre explosion de violence se prépare dans les campagnes.

La Grande Jacquerie de 1358

Depuis des années, les paysans subissent les conséquences de la guerre. Les armées et les bandes armées ravagent les campagnes. Les récoltes sont détruites. Les impôts pèsent lourdement. Et de nombreux villages doivent assurer eux-mêmes leur défense.

Au printemps 1358, la colère éclate dans plusieurs régions du nord du royaume, notamment en Beauvaisis. C’est la Grande Jacquerie. Des paysans attaquent des demeures seigneuriales et s’en prennent à certains nobles. La répression est violente.

Charles de Navarre participe à l’écrasement des révoltés et fait capturer leur chef, Guillaume Cale, qui est exécuté. La révolte est vite étouffée. Mais elle révèle à quel point la société française a été déstabilisée par la guerre.

La chute d’Étienne Marcel

Étienne Marcel tente de maintenir son pouvoir à Paris. Mais son rapprochement avec Charles de Navarre inquiète une partie de la population. Le prévôt des marchands perd peu à peu ses soutiens.

Le 31 juillet 1358, il est tué près d’une porte de Paris alors qu’il tente d’organiser la défense de la ville avec ses partisans.

Quelques jours plus tard, le dauphin Charles rentre dans la capitale. Il a seulement vingt ans. Mais il vient de survivre à l’une des plus graves crises politiques du XIVe siècle. Cette expérience influencera sa manière de gouverner lorsqu’il deviendra roi.

Pendant ce temps, son père reste prisonnier.

Une rançon digne d’un roi

Les négociations entre la France et l’Angleterre sont difficiles. Édouard III sait qu’il possède un prisonnier exceptionnel. Il cherche à obtenir à la fois une immense rançon et d’importantes concessions territoriales.

Certains projets de traité imposés pendant la captivité de Jean II sont si sévères que le gouvernement français refuse de les accepter. La guerre reprend.

En 1359, Édouard III mène une nouvelle campagne en France. Mais il ne parvient pas à obtenir la victoire décisive qu’il espérait. Les négociations reprennent finalement.

Elles aboutissent en 1360 au traité de Brétigny, complété ensuite par les accords de Calais.

Le traité de Brétigny : le prix de la liberté

Les conditions sont très lourdes pour la France.

Édouard III reçoit une souveraineté étendue sur plusieurs territoires du sud-ouest du royaume, auxquels s’ajoutent Calais et le Ponthieu.

La rançon de Jean II est fixée à trois millions d’écus d’or. La somme est gigantesque. Son paiement doit être échelonné. Des otages français sont envoyés en Angleterre afin de garantir l’exécution des accords.

En contrepartie, les deux souverains prévoient de renoncer à certaines revendications : Édouard III à la couronne de France et Jean II à la souveraineté sur les territoires cédés.

Mais les renonciations formelles prévues par les accords ne seront pas échangées.

La paix de Brétigny reste donc fragile. Jean II peut néanmoins retrouver son royaume.

Le retour du roi en France

Après plusieurs années de captivité, Jean II rentre en France à la fin de 1360. Il retrouve un pays transformé. Son fils Charles a acquis une expérience politique considérable. Le royaume reste ruiné par les années de guerre. Et la rançon royale est encore loin d’être entièrement payée.

Jean II tente de rétablir l’autorité monarchique et de réunir l’argent nécessaire.

Mais une autre difficulté empoisonne le royaume : les soldats démobilisés. La paix laisse sans emploi de nombreux hommes de guerre. Certains se regroupent en bandes que l’on appelle les Grandes Compagnies. Elles pillent les campagnes, rançonnent les populations et deviennent une menace permanente.

Même lorsque les grandes armées cessent de combattre, la guerre continue donc à faire souffrir la France.

Un fils s’évade d’Angleterre

Parmi les otages envoyés en Angleterre pour garantir le traité figure l’un des fils de Jean II, Louis d’Anjou. En 1363, Louis quitte l’Angleterre sans respecter les conditions de sa captivité.

Pour Jean II, cette fuite pose une question d’honneur. Le roi considère que la parole donnée doit être respectée. Il prend alors une décision extraordinaire. Puisque son fils n’est plus en Angleterre pour servir d’otage, Jean II décide d’y retourner lui-même.

Ses conseillers tentent de l’en dissuader. Le royaume a besoin de son roi. Mais Jean II refuse de revenir sur sa décision.

Cette attitude correspond à l’image qu’il veut donner de la royauté et de la chevalerie : celle d’un homme pour qui la parole donnée possède une valeur supérieure aux intérêts personnels.

Jean II retourne volontairement en captivité.

Au début de l’année 1364, Jean II traverse donc une nouvelle fois la Manche. Mais cette fois, personne ne l’a capturé. Il revient volontairement auprès d’Édouard III.

Le geste frappe les contemporains. Le roi de France est accueilli avec les honneurs dus à son rang et retrouve à Londres une captivité confortable.

Elle sera courte.

Jean II tombe malade. Le 8 avril 1364, il meurt à Londres, à l’âge de quarante-quatre ans. Son corps est ensuite ramené en France et inhumé dans la basilique de Saint-Denis.

Un règne qui prépare celui de Charles V

Jean II laisse derrière lui un royaume très éprouvé. La bataille de Poitiers a été un désastre. Une partie du territoire français a été cédée aux Anglais. La rançon royale reste à payer. Les Grandes Compagnies ravagent encore certaines régions. Charles de Navarre demeure dangereux.

Pourtant, au milieu de ces catastrophes, un futur grand souverain a appris à gouverner. Pendant la captivité de son père, le dauphin Charles a affronté Étienne Marcel, les États généraux, la Jacquerie, Charles de Navarre et la menace anglaise.

Lorsque Jean II meurt en 1364, Charles monte sur le trône sous le nom de Charles V.

Contrairement à son père, il ne cherchera pas à vaincre les Anglais dans de grandes batailles chevaleresques. Prudent, calculateur et patient, il choisira une autre stratégie.

Et avec l’aide d’un remarquable chef de guerre nommé Bertrand du Guesclin, il réussira à reprendre une grande partie des territoires perdus par son père.

Après le roi chevalier viendra donc bientôt le roi que l’Histoire surnommera :

Charles V le Sage.

Conclusion : Jean II le Bon, le roi chevalier vaincu par son époque

Le règne de Jean II le Bon ne dura que quatorze années, de 1350 à 1364. Pourtant, peu de règnes auront connu autant de bouleversements.

Lorsqu’il monte sur le trône, Jean II hérite d’une France déjà fragilisée par les premières années de la guerre de Cent Ans, la défaite de Crécy et la peste noire.

Lorsqu’il meurt à Londres, quatorze ans plus tard, le royaume a connu la catastrophe de Poitiers, la captivité de son souverain, les troubles d’Étienne Marcel, la Grande Jacquerie et les lourdes concessions du traité de Brétigny.

Jean II voulait incarner l’idéal du roi chevalier. Mais son règne montre que la guerre et la monarchie sont en train de changer.

Un roi attaché à l’idéal chevaleresque

Jean II appartient encore au monde de la chevalerie médiévale. Le courage, l’honneur, la fidélité et la parole donnée occupent une place essentielle dans sa conception du pouvoir.

La création de l’ordre de l’Étoile en est l’une des manifestations.

Son comportement à Poitiers en fournit une autre. Alors que la bataille tourne au désastre, Jean II refuse d’abandonner le champ de bataille. Il combat jusqu’à ce que toute résistance devienne impossible et accepte finalement la captivité.

Quelques années plus tard, son retour volontaire en Angleterre après le départ irrégulier de son fils Louis d’Anjou confirme cette même conception de l’honneur.

Pour Jean II, un roi doit respecter sa parole. Même lorsque cette parole lui coûte sa liberté.

Poitiers, le désastre qui marque son règne

Malgré cette image chevaleresque, le nom de Jean II reste surtout associé à la bataille de Poitiers du 19 septembre 1356.

La défaite française est terrible.Mais la capture du roi lui donne une dimension exceptionnelle.

Jean II devient pour Édouard III et le Prince Noir un prisonnier d’une valeur politique considérable. Sa captivité permet aux Anglais d’exercer une pression immense sur la monarchie française. Et pendant plusieurs années, la France doit apprendre à vivre sans son souverain.

Poitiers montre aussi les limites d’une certaine manière de mener la guerre. La bravoure individuelle des chevaliers ne suffit plus. Organisation, discipline, choix du terrain et tactique deviennent déterminants.

Le futur Charles V retiendra cette leçon.

Un royaume qui manque de s’effondrer.

La captivité du roi provoque une crise intérieure majeure. À Paris, Étienne Marcel tente d’imposer des réformes au pouvoir royal. Charles de Navarre profite de l’affaiblissement de la monarchie.

Dans les campagnes, la Grande Jacquerie révèle le désespoir d’une population écrasée par les conséquences de la guerre.

À cela s’ajoutent les difficultés financières et les ravages provoqués par les hommes d’armes.

Pendant quelques années, l’autorité des Valois paraît fragilisée.Pourtant, la monarchie résiste.

Et cette résistance doit beaucoup au jeune dauphin Charles.

Brétigny, le prix terrible de la liberté

Le traité de Brétigny de 1360 permet à Jean II de retrouver son royaume.

Mais le prix est immense. Sa rançon est fixée à trois millions d’écus d’or et de vastes territoires passent sous la domination du roi d’Angleterre. La France sort affaiblie de cette première phase de la guerre de Cent Ans.

Cependant, les conquêtes anglaises ne seront pas toutes définitives.

Le fils de Jean II entreprendra bientôt de récupérer une grande partie des territoires perdus.

Ainsi, ce qui paraît être en 1360 une victoire presque définitive d’Édouard III ne constituera finalement qu’une étape de cette interminable guerre.

Jean II le Bon : un roi courageux mais dépassé par les transformations de la guerre

Jean II n’est donc pas seulement le roi vaincu de Poitiers. Son règne se situe à un moment de profonde transformation du royaume de France.

La guerre devient plus longue, plus coûteuse et plus complexe. Les armées changent. La fiscalité prend une importance croissante.

Les villes et les États généraux cherchent à peser davantage sur le gouvernement. Et la monarchie doit apprendre à gouverner autrement.

Jean II reste attaché à un idéal où le roi doit combattre et montrer sa valeur au milieu de ses chevaliers. Son fils comprendra qu’un souverain peut remporter une guerre sans être constamment présent sur le champ de bataille.

Du roi chevalier au roi sage

Lorsque Jean II meurt à Londres le 8 avril 1364, la couronne revient à son fils Charles. Le nouveau roi a seulement vingt-six ans. Mais il possède déjà une expérience exceptionnelle.

Il a gouverné pendant la captivité de son père, a affronté Étienne Marcel et a survécu aux troubles de Paris. Il a résisté à Charles de Navarre.

Et il a compris les erreurs qui ont conduit les armées françaises aux catastrophes de Crécy et de Poitiers.

Charles ne ressemblera pas à son père.

Là où Jean II privilégiait la bravoure chevaleresque, son fils préférera la prudence, la diplomatie et la stratégie.

Avec Bertrand du Guesclin, il entreprendra la reconquête du royaume.

Jean II le Bon disparaît donc au moment où une nouvelle génération prend le pouvoir. Une génération qui a appris, dans les défaites et les crises, que pour vaincre l’Angleterre, il faudra désormais combattre autrement.

Le prochain roi de notre histoire sera ainsi l’un des souverains les plus habiles du Moyen Âge

Marie61

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Marie61

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