Charles IV le Bel :

Le dernier des Capétiens directs

 

Introduction

Lorsque Charles IV le Bel monte sur le trône en 1322, personne ne sait encore que son règne marquera la fin d’une époque commencée plus de trois siècles auparavant avec Hugues Capet.

Depuis 987, les Capétiens ont réussi à transmettre la couronne de génération en génération. Cette remarquable continuité dynastique a permis aux rois de France de renforcer progressivement leur autorité et d’agrandir leur domaine.

Mais, depuis la mort de Philippe le Bel en 1314, cette stabilité se fissure.

Ses fils disparaissent les uns après les autres.

Louis X le Hutin meurt en 1316. Son fils Jean Ier le Posthume ne survit que cinq jours. Philippe V le Long disparaît à son tour en 1322 sans laisser de fils.

Il ne reste alors qu’un seul fils de Philippe le Bel capable de porter la couronne : Charles.

Le dernier fils de Philippe le Bel

Né en 1294, Charles est le troisième fils de Philippe IV le Bel et de Jeanne de Navarre. Comme il a deux frères aînés, rien ne semble le destiner à devenir roi.

Mais, la disparition successive de Louis X et de Philippe V change son destin.

À la mort de Philippe V, ses filles sont écartées de la succession conformément au principe qui avait déjà empêché Jeanne, fille de Louis X, de devenir reine de France.

Charles hérite donc de la couronne.

Il est sacré à Reims le 21 février 1322 sous le nom de Charles IV.

Comme son père Philippe IV, il reçoit le surnom de « le Bel », probablement en raison de son apparence physique.

Le nouveau souverain hérite d’un royaume puissant, mais les difficultés ne manquent pas. Les finances restent fragiles, les tensions sociales persistent et les relations avec l’Angleterre deviennent de plus en plus délicates.

Un roi confronté à l’Angleterre

Charles IV doit notamment affronter son beau-frère, le roi d’Angleterre Édouard II.

Les souverains anglais possèdent toujours le duché de Guyenne et doivent, à ce titre, rendre hommage au roi de France. Cette situation provoque régulièrement des tensions entre les deux monarchies.

En 1324, le conflit éclate ouvertement lors de la guerre de Saint-Sardos.

Les Français occupent une grande partie des possessions anglaises en Guyenne. Pour tenter de résoudre la crise, Isabelle de France, sœur de Charles IV et épouse d’Édouard II, revient en France afin de négocier avec son frère.

Cette princesse va bientôt jouer un rôle considérable dans l’histoire de l’Angleterre… mais également, indirectement, dans celle de la France.

Car son fils est le futur Édouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel.

Une obsession : obtenir un héritier.

Pour Charles IV, cependant, la préoccupation essentielle reste la succession.

Le roi se marie trois fois.

Son premier mariage avec Blanche de Bourgogne avait été brisé par le scandale de la tour de Nesle. Après l’annulation de cette union, il épouse Marie de Luxembourg, puis Jeanne d’Évreux.

Mais, les années passent et aucun fils ne survit.

La situation devient inquiétante.

Charles est désormais le dernier représentant masculin direct de la dynastie issue d’Hugues Capet.

S’il disparaît sans fils, qui deviendra roi de France ?

 

1328 : une dynastie s’éteint

Lorsque Charles IV meurt le 1ᵉʳ février 1328, Jeanne d’Évreux est enceinte.

Une situation semblable à celle qui avait suivi la mort de Louis X se reproduit : le royaume doit attendre la naissance de l’enfant.

Mais, cette fois, une fille vient au monde.

Il n’existe donc plus aucun fils ni petit-fils par les hommes de Philippe le Bel capable de monter sur le trône.

Après 341 années de transmission dynastique depuis l’avènement d’Hugues Capet, la lignée masculine directe des Capétiens s’éteint.

Deux grandes prétentions vont alors se dessiner.

D’un côté, Philippe de Valois, cousin germain des derniers rois et descendant de Saint Louis par les hommes.

De l’autre, le jeune Édouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France.

Les grands du royaume choisissent Philippe de Valois, qui devient Philippe VI, premier roi de la dynastie des Valois.

Mais, la question de la succession n’est pas définitivement enterrée.

Quelques années plus tard, Édouard III revendiquera la couronne de France.

Cette rivalité contribuera à déclencher l’un des conflits les plus célèbres de notre histoire : la guerre de Cent Ans.

Ainsi, derrière le règne relativement court et méconnu de Charles IV le Bel se cache un événement considérable : la fin des Capétiens directs et le commencement d’une nouvelle époque pour le royaume de France.

Qui était ce dernier fils de Philippe le Bel ? Comment gouverna-t-il le royaume ? Comment sa mort sans héritier masculin transforma-t-elle une simple question de succession en une crise européenne ?

Découvrons le règne de Charles IV le Bel, le dernier des Capétiens directs.

1. Charles avant la couronne : un prince marqué par le scandale de la tour de Nesle

Avant de devenir le dernier roi des Capétiens directs, Charles IV connaît une jeunesse marquée par les ambitions de son père Philippe le Bel, mais également par l’un des plus grands scandales de la famille royale.

Troisième fils du roi, Charles grandit derrière ses frères Louis et Philippe. Pendant longtemps, ses chances d’accéder au trône paraissent très faibles. Son destin semble plutôt devoir être celui d’un grand prince au service de la monarchie.

Comme ses frères, il contracte un mariage destiné à renforcer les alliances de la dynastie.

En 1308, Charles épouse Blanche de Bourgogne.

La jeune femme appartient à une puissante famille princière. Elle est la fille d’Othon IV, comte de Bourgogne, et de Mahaut d’Artois.

Personne n’imagine alors que cette union sera bientôt emportée par un scandale retentissant.

Blanche de Bourgogne et la tour de Nesle

En 1314 éclate l’affaire que nous connaissons sous le nom de scandale de la tour de Nesle.

Marguerite de Bourgogne, épouse de Louis, et Blanche de Bourgogne, épouse de Charles, sont accusées d’avoir entretenu des relations adultères avec les frères d’Aunay.

Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe, est également inquiétée, mais son rôle est différent. Accusée d’avoir favorisé ou connu les rencontres, elle sera finalement réhabilitée et retrouvera son mari.

Pour Blanche, en revanche, les conséquences sont terribles.

Elle est reconnue coupable d’adultère, tondue et emprisonnée à Château-Gaillard.

Charles se retrouve donc dans une situation humiliante : son épouse est publiquement accusée de l’avoir trompé.

L’affaire ne touche pas seulement son honneur.

Dans une famille royale, l’adultère soulève une question beaucoup plus grave : celle de la légitimité des enfants et donc de la succession dynastique.

Un mariage devenu impossible

Lorsque le scandale éclate, Charles n’est encore que le troisième fils de Philippe le Bel.

Mais, les événements vont rapidement bouleverser la famille.

Philippe le Bel meurt en 1314.

Louis X lui succède, puis disparaît en 1316.

Après la mort du petit Jean Ier le Posthume, Philippe V devient roi.

Enfin, Philippe V meurt à son tour sans héritier masculin en janvier 1322.

Charles devient alors le prochain roi de France.

Mais, il existe un problème considérable : il est toujours marié à Blanche de Bourgogne.

Une femme emprisonnée pour adultère ne peut guère devenir reine de France et, surtout, Charles doit pouvoir contracter une nouvelle union afin d’espérer obtenir un héritier masculin incontestable.

Le nouveau roi cherche donc à faire annuler son mariage.

Charles devient roi de France

Charles est sacré à Reims le 21 février 1322.

Peu après, le pape Jean XXII prononce l’annulation de son mariage avec Blanche, officiellement pour un motif de parenté spirituelle.

Blanche demeure enfermée avant de finir ses jours dans un établissement religieux. Elle meurt quelques années plus tard.

Charles peut désormais se remarier.

Son choix se porte sur Marie de Luxembourg, fille de l’empereur Henri VII.

Cette union est prestigieuse et, surtout, elle offre au roi l’espoir d’obtenir enfin un fils.

 

Un héritier tant attendu… puis un nouveau drame

Marie de Luxembourg tombe enceinte.

Pour Charles, la naissance d’un garçon devient essentielle. Ses deux frères sont morts sans laisser de fils capable de poursuivre la dynastie. Lui-même est désormais le dernier fils vivant de Philippe le Bel.

Mais, en 1324, un terrible accident survient. Alors qu’elle voyage, la reine est victime d’un accident de voiture. Enceinte, elle donne naissance prématurément à un fils, Louis. L’enfant ne survit pas. Marie meurt à son tour quelques jours plus tard.

Charles perd ainsi en très peu de temps son épouse et le fils qui aurait pu assurer l’avenir de la dynastie.

 

Un troisième mariage pour sauver la dynastie

Le roi n’a désormais plus le choix : il doit se remarier rapidement.

En juillet 1325, il épouse Jeanne d’Évreux, sa cousine. Une fois encore, tous les espoirs reposent sur la naissance d’un héritier masculin. Jeanne donnera plusieurs filles au roi, mais aucun garçon ne survivra.

Cette absence de fils va progressivement transformer une affaire familiale en une question politique majeure.

Car Charles IV n’est pas simplement un roi qui cherche un héritier. Il est le dernier homme de la branche directe des Capétiens.

Pendant qu’il tente d’assurer l’avenir de sa dynastie, une autre crise se développe au sud-ouest du royaume.

Elle oppose Charles IV à son propre beau-frère, le roi d’Angleterre Édouard II.

Au centre de cette confrontation se trouve une femme qui va bientôt jouer un rôle extraordinaire : Isabelle de France, sœur de Charles IV et reine d’Angleterre.

2. Charles IV face à l’Angleterre : la guerre de Saint-Sardos et le rôle d’Isabelle de France

Lorsque Charles IV monte sur le trône en 1322, les relations entre la France et l’Angleterre sont depuis longtemps compliquées.

Le problème vient notamment des possessions que les rois d’Angleterre détiennent dans le sud-ouest de la France.

Le roi d’Angleterre est souverain dans son propre royaume, mais pour le duché d’Aquitaine — souvent appelé Guyenne dans ce contexte — il reste le vassal du roi de France.

Cette situation ambiguë provoque régulièrement des tensions.

Comment un roi peut-il accepter de s’agenouiller devant un autre roi et lui rendre hommage ?

Sous Charles IV, cette vieille rivalité va de nouveau provoquer une guerre.

Saint-Sardos, une petite affaire qui déclenche un grand conflit

En 1323, un différend éclate autour de Saint-Sardos, dans l’Agenais.

Le Parlement de Paris soutient l’établissement d’une bastide relevant de l’autorité française sur un territoire où les droits du roi d’Angleterre sont contestés.

Des seigneurs locaux favorables aux Anglais réagissent violemment. Le représentant du roi de France présent sur place est tué et la bastide est attaquée.

Pour Charles IV, l’affront est grave.

Il exige que son beau-frère, Édouard II d’Angleterre, sanctionne les responsables et vienne lui rendre hommage pour ses possessions françaises.

La situation se détériore rapidement.

En 1324, Charles confisque le duché et envoie une armée dans le sud-ouest.

Commence alors la guerre de Saint-Sardos.

Une victoire rapide des Français

Les forces françaises sont commandées notamment par Charles de Valois, oncle du roi. L’armée progresse rapidement en Guyenne et s’empare de nombreuses places.

Les Anglais se retrouvent en grande difficulté. Édouard II doit négocier.

Mais venir personnellement en France pour rendre hommage à Charles IV représente pour lui un problème politique considérable. Le roi d’Angleterre traverse alors une période très difficile dans son propre royaume et craint de quitter le pays.

C’est alors qu’une femme entre au cœur des négociations.

Cette femme est Isabelle de France.

Isabelle, sœur d’un roi et épouse d’un autre

Isabelle est la sœur de Charles IV et l’épouse d’Édouard II.

Fille de Philippe le Bel, elle appartient à la famille royale française tout en étant reine d’Angleterre.

En 1325, elle revient en France afin de négocier avec son frère.

Une solution est trouvée : Édouard II ne viendra pas lui-même rendre hommage. Il transmet à son fils Édouard, futur Édouard III, les possessions françaises concernées afin que celui-ci puisse accomplir la cérémonie à sa place.

Le jeune prince traverse donc la Manche. Il rend hommage à Charles IV pour les territoires détenus en France.

À cet instant, personne ne peut encore imaginer l’ironie de la scène. Quelques années plus tard, ce même jeune homme revendiquera la couronne de France.

Isabelle refuse de rentrer en Angleterre.

La mission diplomatique d’Isabelle prend bientôt une tournure beaucoup plus spectaculaire.

La reine entretient des relations extrêmement mauvaises avec son époux Édouard II, notamment en raison de l’influence exercée sur lui par ses favoris, les Despenser.

Une fois en France, Isabelle refuse de retourner auprès de son mari.

Elle se rapproche de Roger Mortimer, noble anglais exilé devenu son allié et son compagnon.

En 1326, Isabelle et Mortimer débarquent en Angleterre avec une petite armée.

Le régime d’Édouard II s’effondre rapidement.

Le roi est contraint d’abdiquer en janvier 1327 au profit de son fils, qui devient Édouard III d’Angleterre.

Isabelle de France, fille de Philippe le Bel, est désormais la mère du nouveau roi d’Angleterre.

Ce détail va bientôt devenir essentiel pour l’avenir de la France.

Le petit-fils de Philippe le Bel

Par sa mère, Édouard III est en effet le petit-fils de Philippe IV le Bel.

Il descend donc directement des Capétiens.

Tant que Charles IV possède l’espoir d’avoir un fils, cette parenté ne constitue pas un problème immédiat. Mais le temps passe.

Le roi de France n’a toujours aucun héritier masculin.

Et si Charles disparaît sans fils, une question redoutable se posera :

Isabelle, qui ne peut elle-même devenir reine de France, peut-elle transmettre à son fils les droits qu’elle tient de son père ?

Les juristes et les grands seigneurs du royaume devront bientôt répondre à cette question.

Une monarchie qui semble encore solide

Pendant ce temps, Charles IV poursuit son gouvernement.

Comme son père et son frère Philippe V, il cherche à affirmer l’autorité de la monarchie et à maintenir l’ordre dans le royaume.

À l’extérieur, le prestige de la France demeure important. Charles intervient dans plusieurs affaires européennes et entretient des ambitions diplomatiques qui témoignent encore de la puissance acquise par les Capétiens.

Rien ne semble annoncer l’effondrement de la dynastie.

Pourtant, tout repose désormais sur la naissance d’un garçon.

En 1327, Jeanne d’Évreux est de nouveau enceinte. Pour Charles IV, l’enfant qu’elle porte représente bien davantage qu’un héritier. Il peut sauver une dynastie qui règne sur la France depuis Hugues Capet.

Mais, au début de l’année 1328, Charles tombe gravement malade. Lorsque le roi comprend qu’il va mourir, le sexe de l’enfant à naître est encore inconnu.

Pour la première fois depuis plus de trois siècles, personne ne sait avec certitude qui portera bientôt la couronne de France.

3. 1328 : la mort de Charles IV et la fin des Capétiens directs

Au début de l’année 1328, l’avenir de la monarchie française repose sur l’enfant que porte Jeanne d’Évreux.

Charles IV n’a aucun fils vivant. Ses deux frères, Louis X et Philippe V, sont morts avant lui sans laisser eux-mêmes d’héritier mâle survivant.

Le roi est désormais le dernier fils de Philippe le Bel.

Et sa santé se dégrade rapidement.

La mort du dernier fils de Philippe le Bel

Charles IV meurt le 1ᵉʳ février 1328, à Vincennes, à seulement trente-trois ans.

Son règne aura duré six années. Mais, il est impossible de désigner immédiatement son successeur.

Jeanne d’Évreux est enceinte. Si elle met au monde un garçon, celui-ci deviendra roi de France dès sa naissance, comme Jean Iᵉʳ le Posthume douze ans auparavant. Si elle donne naissance à une fille, en revanche, la situation sera totalement différente.

En attendant l’accouchement, il faut confier le gouvernement du royaume à un régent. Le choix se porte sur Philippe de Valois, cousin germain de Charles IV. Il est le fils de Charles de Valois, lui-même frère cadet de Philippe IV le Bel.

Pendant plusieurs semaines, la France attend.

Une naissance qui décide du destin d’une dynastie

Le 1er avril 1328, Jeanne d’Évreux accouche.

C’est une fille. Elle reçoit le prénom de Blanche.

À cet instant, la situation devient claire : Charles IV ne laissera aucun héritier masculin.

La lignée masculine directe des Capétiens, commencée avec Hugues Capet en 987, vient de s’éteindre. Il faut désormais chercher le nouveau roi parmi les autres descendants de la famille capétienne. Mais lequel possède les meilleurs droits ?

La réponse est loin d’être évidente.

Philippe de Valois ou Édouard III d’Angleterre ?

Deux parentés vont jouer un rôle essentiel.

Philippe de Valois descend de Philippe III le Hardi par son père, Charles de Valois. Il appartient donc à la dynastie capétienne par une lignée masculine.

De son côté, le roi d’Angleterre Édouard III est le petit-fils de Philippe IV le Bel. Son lien avec le dernier grand roi capétien est même plus proche en nombre de générations.

Mais il passe par une femme : sa mère, Isabelle de France.

La question devient alors fondamentale :

Une femme exclue elle-même de la couronne peut-elle transmettre à son fils un droit qu’elle ne peut exercer ?

Les grands du royaume répondent finalement par la négative.

Puisque les filles de Louis X et de Philippe V ont déjà été écartées du trône, il apparaît dangereux d’accepter qu’une femme puisse transmettre à son fils un droit à cette même couronne.

Un autre élément pèse probablement lourd : choisir Édouard III reviendrait à placer sur le trône de France un souverain qui est déjà roi d’Angleterre.

Philippe de Valois est donc choisi.

Philippe VI : le premier roi Valois

Philippe est couronné à Reims le 29 mai 1328 sous le nom de Philippe VI.

Une nouvelle branche de la famille capétienne monte sur le trône : celle des Valois.

Il ne s’agit donc pas d’une rupture totale avec les Capétiens. Philippe VI descend lui aussi d’Hugues Capet. Mais la succession directe de père en fils, qui avait constitué l’une des grandes forces de la monarchie depuis 987, est terminée.

Une nouvelle époque commence.

Dans un premier temps, Édouard III accepte la situation et rend hommage à Philippe VI pour ses possessions françaises en 1329.

Mais les relations entre les deux souverains vont progressivement se détériorer.

Édouard III revendique la couronne de France.

Les tensions autour de la Guyenne, les rivalités politiques et les alliances franco-écossaises aggravent peu à peu les relations entre la France et l’Angleterre.

En 1337, Philippe VI confisque une nouvelle fois le duché d’Aquitaine.

Édouard III réagit. Il remet alors en avant ses droits dynastiques et revendique officiellement la couronne de France en tant que petit-fils de Philippe le Bel.

La querelle successorale de 1328 devient ainsi l’un des éléments d’un conflit beaucoup plus vaste. Commence bientôt ce que les historiens appelleront la guerre de Cent Ans.

La fin d’une époque commencée avec Hugues Capet

Charles IV le Bel n’est pas resté dans les mémoires pour de grandes conquêtes ou des réformes spectaculaires.

Pourtant, sa mort constitue l’un des grands tournants de l’histoire de France.

De Hugues Capet à Charles IV, quatorze rois capétiens directs se sont succédé. Pendant plus de trois siècles, ils ont progressivement transformé un domaine royal relativement limité en l’une des monarchies les plus puissantes d’Europe.

Philippe Auguste avait considérablement agrandi le domaine royal.

Saint Louis avait donné à la monarchie un prestige exceptionnel.

Philippe le Bel avait renforcé l’administration et l’autorité de l’État.

Mais en l’espace de quatorze années seulement, ses trois fils et son petit-fils disparaissent sans laisser d’héritier masculin capable de poursuivre la lignée.

En 1328, les Capétiens directs quittent donc le trône de France.

Les Valois leur succèdent. Avec eux commence une période autrement plus tourmentée, faite de rivalités dynastiques, de défaites, de victoires, de révoltes et de guerres.

Charles IV le Bel ferme ainsi un chapitre de plus de trois siècles.

Sa mort en ouvre immédiatement un autre : celui des Valois et de la guerre de Cent Ans.

 

Conclusion : Charles IV le Bel, le roi qui clôt trois siècles d’histoire capétienne

Le règne de Charles IV le Bel paraît relativement discret lorsqu’on le compare à ceux de Philippe Auguste, Saint Louis ou Philippe le Bel. Il ne laisse derrière lui ni conquête spectaculaire ni monument emblématique.

Pourtant, sa disparition constitue l’un des plus grands tournants de l’histoire de la monarchie française.

Un roi dans la continuité de ses prédécesseurs

Charles IV appartient encore pleinement à cette monarchie capétienne construite par ses ancêtres.

Comme son frère Philippe V, il cherche à maintenir l’autorité royale et à préserver l’ordre dans le royaume. Son règne est notamment marqué par les tensions avec l’Angleterre et par la guerre de Saint-Sardos, qui révèle une nouvelle fois toute la difficulté des relations entre les deux couronnes.

Mais, derrière ces questions politiques se cache une préoccupation beaucoup plus personnelle et, finalement, beaucoup plus décisive : donner un héritier masculin à la France.

Ses trois mariages ne lui permettent pas d’obtenir le fils capable de poursuivre la lignée.

Lorsqu’il meurt en 1328, tout l’équilibre dynastique construit depuis des générations bascule.

La fin des Capétiens directs

Depuis l’avènement d’Hugues Capet en 987, la couronne était restée entre les mains de ses descendants directs. Cette extraordinaire continuité avait largement contribué à renforcer la monarchie.

Mais, après la mort de Philippe le Bel en 1314, tout s’accélère.

Louis X disparaît en 1316.

Jean Iᵉʳ le Posthume ne vit que cinq jours.

Philippe V meurt en 1322 sans fils.

Puis Charles IV disparaît à son tour en 1328 sans laisser d’héritier masculin.

En seulement quatorze années, la puissante descendance masculine de Philippe le Bel s’est éteinte.

La mort de Charles IV met ainsi un terme à plus de trois siècles de règne des Capétiens directs.

Une succession qui change l’histoire de France

Le choix de Philippe de Valois comme nouveau roi aurait pu n’être qu’une affaire dynastique. Il aura pourtant des conséquences considérables. En privilégiant un descendant de la famille capétienne par les hommes, les grands du royaume écartent la possibilité de transmettre la couronne par une femme.

Édouard III d’Angleterre, pourtant petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France, n’est donc pas choisi. La règle successorale qui s’affirme alors sera plus tard justifiée et renforcée par la référence à la loi salique.

Mais, la rivalité entre les rois de France et d’Angleterre ne disparaît pas. Elle vient au contraire s’ajouter aux conflits territoriaux, féodaux et politiques qui opposent déjà les deux royaumes.

Quelques années plus tard, Édouard III revendiquera lui-même la couronne de France.

La guerre de Cent Ans se profile à l’horizon.

Charles IV, la fin d’un monde et le début d’un autre

Charles IV le Bel reste donc un roi de transition.

Son règne ne possède peut-être pas l’éclat de ceux de certains de ses ancêtres, mais sa mort change profondément le destin du royaume. Avec lui disparaît la branche directe de cette dynastie que nous suivons depuis Hugues Capet.

Une nouvelle famille monte désormais sur le trône : les Valois.

Et notre voyage à travers l’histoire des rois de France va entrer dans une période particulièrement mouvementée.

Le prochain souverain, Philippe VI de Valois, devra affronter une crise dynastique devenue internationale.

Car désormais, face au roi de France se dresse un autre souverain qui n’a pas oublié qu’il est lui aussi le petit-fils de Philippe le Bel :

Édouard III, roi d’Angleterre.

Avec Charles IV le Bel s’achève donc une époque.

Avec Philippe VI commence bientôt celle de la guerre de Cent Ans.

 

 

Marie61

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Marie61

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