Lorsque Philippe V monte sur le trône de France en 1316, la monarchie capétienne traverse une situation qu’elle n’avait encore jamais connue. Pendant plus de trois siècles, la couronne s’était transmise sans interruption de père en fils. Mais, la mort prématurée de Louis X le Hutin, suivie de celle de son fils Jean Iᵉʳ le Posthume après seulement cinq jours de vie, vient brutalement rompre cette remarquable continuité.
Né vers 1293, Philippe est le deuxième fils de Philippe IV le Bel et de Jeanne de Navarre. Rien ne le destinait donc, à l’origine, à devenir roi de France. Son frère aîné Louis devait hériter de la couronne et la transmettre à son propre fils. Le destin en décide autrement.
Après la mort de Louis X en juin 1316, Philippe exerce la régence en attendant la naissance de l’enfant que porte la reine Clémence de Hongrie. Lorsque celle-ci donne naissance à un garçon, Jean Iᵉʳ, le problème semble résolu. Mais le nourrisson meurt cinq jours plus tard.
Une question essentielle se pose alors : qui doit hériter de la couronne de France ?
Louis X. laisse une fille, Jeanne, née de son mariage avec Marguerite de Bourgogne. Peut-elle devenir reine de France ? Ou la couronne doit-elle revenir au frère du roi défunt ?
Philippe choisit de faire valoir ses droits. Sacré à Reims en janvier 1317 sous le nom de Philippe V, il obtient le soutien d’une assemblée de grands seigneurs, de prélats et de représentants de Paris qui affirme qu’une femme ne peut succéder au royaume de France.
Cette décision dépasse largement le destin personnel de Philippe V. Elle contribue à établir un principe successoral qui sera progressivement associé à la loi salique et jouera bientôt un rôle fondamental dans l’histoire de la monarchie française.
Mais Philippe V ne fut pas seulement le roi d’une crise dynastique.
Surnommé « le Long », probablement en raison de sa grande taille, il se révèle un souverain énergique et méthodique. Héritier de la politique administrative de son père Philippe le Bel, il cherche à remettre de l’ordre dans les finances, à améliorer le fonctionnement de l’administration et à renforcer l’autorité royale après les troubles du règne précédent.
Il tente également d’unifier les poids et mesures, de mieux contrôler la monnaie et de lutter contre certains abus des officiers royaux. Son règne témoigne ainsi d’une évolution importante: la monarchie française devient progressivement une administration de plus en plus structurée.
Philippe doit également régler le long conflit avec la Flandre et faire face aux difficultés économiques et sociales qui frappent le royaume au début du XIVᵉ siècle.
Pourtant, alors qu’il semble avoir stabilisé la monarchie, le même problème qui avait bouleversé la succession de son frère va se présenter à lui.
Philippe V a plusieurs filles, mais aucun fils ne lui survit.
Lorsqu’il meurt en 1322, le principe qui lui avait permis d’écarter sa nièce Jeanne de la couronne se retourne contre ses propres filles. Le trône passe alors à son frère cadet, Charles IV le Bel.
La dynastie des Capétiens directs se rapproche inexorablement de son extinction.
Qui était réellement Philippe V le Long ? Usurpateur ayant profité de la faiblesse d’une enfant pour s’emparer de la couronne, ou souverain habile ayant permis d’éviter une dangereuse crise politique ?
Découvrons le règne de ce roi méconnu qui, en seulement cinq années de pouvoir, contribua à fixer les règles de succession de la monarchie française et tenta de restaurer la stabilité du royaume.
Lorsque Louis X le Hutin meurt dans la nuit du 4 au 5 juin 1316, la monarchie française se trouve confrontée à une situation totalement nouvelle. Le roi ne laisse aucun fils vivant, mais son épouse, Clémence de Hongrie, est enceinte.
Impossible, dans ces conditions, de désigner immédiatement un successeur.
Louis laisse également une fille de quatre ans, Jeanne, née de son premier mariage avec Marguerite de Bourgogne. En théorie, la jeune princesse pourrait prétendre à l’héritage de son père. Mais personne ne sait encore si Clémence donnera naissance à un garçon.
Le royaume doit donc attendre.
Philippe, frère cadet de Louis X, parvient à s’imposer comme régent pendant la grossesse de la reine.
Cette position lui donne un avantage considérable. Il se trouve désormais au centre du pouvoir et peut s’appuyer sur une partie importante de la noblesse et des conseillers royaux.
Le 15 novembre 1316, Clémence de Hongrie met enfin au monde un fils : Jean. Le nourrisson devient immédiatement roi de France sous le nom de Jean Iᵉʳ. Mais, cinq jours plus tard, le 20 novembre, l’enfant meurt.
La couronne se retrouve de nouveau sans titulaire incontestable.
Cette fois, Philippe décide d’agir.
La situation de Jeanne est particulièrement délicate. Elle est la fille officiellement reconnue de Louis X. Mais, le scandale de la tour de Nesle a gravement compromis la réputation de sa mère, Marguerite de Bourgogne, accusée d’adultère en 1314. Même si Louis X avait reconnu Jeanne comme sa fille, certains pouvaient utiliser cette affaire pour faire planer un doute sur sa légitimité.
Une question beaucoup plus cruciale apparaît : une femme peut-elle devenir reine de France et exercer elle-même le pouvoir ? Aucune règle établie n’apporte encore de réponse définitive.
Depuis Hugues Capet, la question ne s’était tout simplement jamais posée de cette manière. Chaque roi avait réussi à laisser un héritier masculin.
Philippe profite de cette incertitude.
Le 9 janvier 1317, Philippe est sacré roi de France à Reims sous le nom de Philippe V.
Tout le monde n’accepte pourtant pas cette succession. Certains grands seigneurs, notamment le duc de Bourgogne, soutiennent les droits de la jeune Jeanne. Philippe doit donc obtenir une reconnaissance politique plus large.
Quelques semaines après son sacre, une assemblée réunissant prélats, nobles et représentants des villes approuve finalement son accession au trône. L’idée s’impose alors qu’une femme ne peut succéder au royaume de France.
Philippe V possède désormais la légitimité dont il avait besoin.
Jeanne est écartée de la couronne française. Elle conservera cependant des droits sur le royaume de Navarre et deviendra plus tard reine de Navarre sous le nom de Jeanne II.
On affirme souvent que Philippe V devint roi grâce à la « loi salique ».
La réalité historique est plus complexe.
La vieille loi des Francs saliens contenait bien une disposition excluant les femmes de l’héritage de certaines terres familiales. Mais, au début du XIVᵉ siècle, ce texte n’est pas encore utilisé comme une loi fondamentale réglant la succession à la couronne.
Le principe se construit à partir des crises dynastiques de 1316 et de 1328. Ce n’est que plus tard que les juristes invoqueront la loi salique pour justifier l’exclusion des femmes et de leurs descendants de la succession au trône. Philippe V participe donc, sans le savoir, à la naissance d’une règle qui gouvernera la monarchie française pendant des siècles.
L’histoire réserve cependant à Philippe V une cruelle ironie.
Le roi est marié depuis 1307 à Jeanne de Bourgogne, celle-là même qui avait été impliquée dans le scandale de la tour de Nesle avant d’être réhabilitée. Le couple a plusieurs filles. Mais, aucun fils ne survivra pour succéder à Philippe. Ainsi, le principe qui lui avait permis d’écarter sa nièce Jeanne du trône va bientôt empêcher ses propres filles d’hériter de la couronne.
Lorsque Philippe V mourut en 1322, personne ne pourra défendre leur accession au trône sans remettre en cause les arguments qui avaient permis à leur père de devenir roi.
La couronne passera donc au dernier fils de Philippe le Bel : Charles IV le Bel.
Mais, en 1317, Philippe V ignore encore ce que l’avenir réserve à sa dynastie. Il vient de remporter sa bataille pour la couronne. Il lui reste maintenant à prouver qu’il sait gouverner.
Une fois son autorité reconnue, Philippe V doit relever un défi considérable. Les dernières années du règne de Philippe le Bel puis la succession mouvementée de Louis X ont laissé un royaume traversé par des tensions politiques, financières et sociales.
Le nouveau souverain comprend qu’il doit rétablir la confiance tout en préservant l’autorité de la Couronne.
Contrairement à l’image traditionnelle du roi médiéval passant l’essentiel de son règne sur les champs de bataille, Philippe V apparaît surtout comme un roi administrateur. Il s’intéresse au fonctionnement quotidien du royaume et cherche à rendre le gouvernement plus efficace.
Les finances royales constituent l’une de ses principales préoccupations.
Les guerres menées sous Philippe le Bel ont coûté très cher et les manipulations monétaires successives ont suscité le mécontentement de la population. Philippe V tente donc de restaurer davantage de stabilité.
Il cherche à mieux contrôler les dépenses, à améliorer la perception des revenus royaux et à surveiller les agents chargés de collecter les taxes.
Le roi s’appuie pour cela sur une administration qui s’est considérablement développée depuis le règne de son grand-père Philippe III et surtout celui de son père Philippe le Bel.
Les juristes, les officiers et les spécialistes des finances prennent désormais une place essentielle dans le gouvernement.
La monarchie capétienne devient progressivement une véritable machine administrative.
Philippe V. nourrit également un projet particulièrement ambitieux : rendre les poids et mesures plus uniformes dans le royaume.
Aujourd’hui, acheter un kilo de farine à Paris ou à Marseille signifie évidemment acheter la même quantité.
Au Moyen Âge, la situation est très différente.
Chaque ville, chaque région et parfois chaque marché possède ses propres unités. Une mesure de grain utilisée dans une province ne correspond pas nécessairement à celle d’une autre. Cette diversité complique les échanges et peut favoriser les fraudes.
Philippe V tente donc d’imposer davantage d’uniformité.
Le projet rencontre cependant de fortes résistances. Les villes et les seigneurs tiennent à leurs usages traditionnels et les moyens dont dispose l’administration royale restent insuffisants pour appliquer une réforme aussi vaste.
L’unification complète des poids et mesures ne sera réalisée que plusieurs siècles plus tard.
Mais cette tentative révèle quelque chose d’important : Philippe V commence à envisager le royaume comme un territoire dont certaines règles devraient être communes à tous.
Le souverain cherche également à lutter contre les abus commis par certains représentants de l’administration.
Baillis, sénéchaux et autres officiers royaux disposent parfois d’un pouvoir considérable dans les provinces. Certains sont accusés d’utiliser leur fonction pour s’enrichir ou favoriser leurs proches.
Philippe V. tente de renforcer leur surveillance.
Il poursuit ainsi une politique déjà développée sous Saint Louis : le roi doit pouvoir contrôler ceux qui exercent son autorité en son nom.
Cette évolution contribue lentement à renforcer l’idée d’une justice et d’une administration dépendant directement de la Couronne.
Philippe V hérite également d’un problème qui empoisonne les relations entre la monarchie française et la Flandre depuis le règne de son père.
Louis X avait tenté de reprendre la guerre en 1315, mais son armée avait été immobilisée par des pluies torrentielles et une boue infranchissable.
Philippe choisit la négociation. En 1320, un accord permet de rétablir la paix avec le comte de Flandre, Robert de Béthune. Le mariage du petit-fils du comte avec l’une des filles de Philippe V contribue à consolider cette réconciliation.
Après des décennies de guerres coûteuses et difficiles, la monarchie obtient ainsi une période d’apaisement.
Malgré les efforts du roi, son règne se déroule dans un contexte économique et social particulièrement dur.
Les mauvaises récoltes et la grande famine qui frappe l’Europe du Nord entre 1315 et 1317 ont laissé de profondes traces. Le prix des céréales augmente, les populations les plus pauvres souffrent et les tensions se multiplient.
À ces difficultés s’ajoutent des épisodes de violence religieuse.
En 1320, le mouvement appelé croisade des Pastoureaux rassemble des groupes populaires qui prétendent vouloir partir combattre en Terre sainte. Rapidement, le mouvement échappe à tout contrôle et donne lieu à des violences, notamment contre des communautés juives.
Le pouvoir royal finit par intervenir pour tenter de rétablir l’ordre.
Le règne de Philippe V comporte d’ailleurs une face beaucoup plus sombre : les communautés juives subissent persécutions, accusations et mesures discriminatoires. Comme d’autres souverains médiévaux, Philippe agit dans un monde profondément marqué par l’intolérance religieuse.
Malgré les limites de ses réformes, Philippe V apparaît ainsi comme un souverain méthodique.
Il ne possède ni le prestige de Saint Louis, ni la réputation redoutable de Philippe le Bel. Il ne mène pas non plus de grandes conquêtes.
Son ambition est différente. Il cherche avant tout à faire fonctionner le royaume.
Finances, monnaie, administration, justice, commerce : tous ces domaines attirent son attention. Derrière ces mesures parfois techniques se dessine une évolution essentielle de la monarchie française.
Le roi n’est plus seulement celui qui commande les armées et rend la justice. Il devient progressivement celui qui organise l’État.
Mais Philippe V dispose de peu de temps pour mener ses projets à leur terme. À peine la stabilité revenue, sa santé commence à décliner.
Et une nouvelle fois, la dynastie capétienne va se retrouver confrontée à la question qui semble désormais la poursuivre : qui héritera de la couronne ?
Au début des années 1320, Philippe V semble avoir réussi à stabiliser le royaume. La paix a été rétablie avec la Flandre, l’administration royale fonctionne mieux et le souverain poursuit ses projets de réforme.
Mais derrière cette apparente stabilité demeure une inquiétude majeure : Philippe V n’a pas d’héritier masculin survivant.
Son mariage avec Jeanne de Bourgogne lui a donné plusieurs filles. Un fils, Philippe, est également né, mais il est mort en bas âge.
À mesure que les années passent, la question de la succession devient donc de plus en plus préoccupante.
Quelques années auparavant, Philippe avait lui-même profité de l’absence d’héritier mâle de son frère Louis X.
La fille de celui-ci, Jeanne, avait été écartée de la couronne au profit de son oncle. Le principe selon lequel une femme ne pouvait devenir reine de France avait alors été affirmé.
Philippe V ne peut désormais ignorer que cette règle s’appliquera également à ses propres filles.
S’il meurt sans fils, aucune d’elles ne pourra lui succéder sans remettre en cause le principe qui avait permis à leur père de monter sur le trône.
Le prochain héritier masculin est donc son frère cadet, Charles, comte de la Marche.
Lors de l’année 1321, la santé de Philippe V se dégrade. Les sources médiévales ne permettent pas d’établir avec certitude la nature exacte de sa maladie. Certaines traditions évoquent une dysenterie accompagnée de fièvre.
Le roi se retire à l’abbaye de Longchamp, près de Paris. Son état empire pendant plusieurs mois. Philippe V meurt dans la nuit du 2 au 3 janvier 1322, à l’âge d’environ vingt-huit ou vingt-neuf ans.
Il n’a régné qu’un peu plus de cinq années. Comme son frère Louis X avant lui, il disparaît donc très jeune.
Cette fois, contrairement à ce qui s’était produit en 1316, il n’y a pratiquement pas d’incertitude. Les filles de Philippe V sont exclues de la succession au trône de France. La règle établie quelques années plus tôt contre Jeanne, fille de Louis X, s’applique naturellement à elles.
Le frère du roi défunt devient donc roi sous le nom de Charles IV le Bel. La succession paraît réglée. Mais, cette apparente simplicité dissimule un problème beaucoup plus grave. Charles IV est désormais le dernier fils vivant de Philippe le Bel.
S’il meurt à son tour sans héritier masculin, la branche directe des Capétiens n’aura plus aucun homme susceptible de poursuivre la dynastie de père en fils.
La situation aurait semblé presque inimaginable quelques années auparavant.
Depuis l’accession d’Hugues Capet au trône en 987, chaque roi avait réussi pendant plus de trois siècles à transmettre directement la couronne à son fils. Cette extraordinaire continuité avait constitué l’une des grandes forces de la dynastie capétienne.
Puis tout s’était accéléré. Philippe le Bel meurt en 1314. Louis X disparaît en 1316.
Jean Iᵉʳ le Posthume ne vit que cinq jours. Philippe V meurt en 1322.
En moins de huit ans, la France a donc vu disparaître plusieurs souverains et la question de la succession est devenue l’un des problèmes essentiels de la monarchie.
Tous les regards se tournent désormais vers Charles IV.
L’exclusion des filles de Louis X puis de Philippe V ne concerne pas seulement les affaires intérieures du royaume. Elle contribue à établir une règle fondamentale : la couronne de France doit se transmettre par les hommes.
Mais bientôt se posera une question encore plus délicate : une femme qui ne peut elle-même devenir reine peut-elle transmettre à son fils un droit à la couronne ?
Cette interrogation deviendra essentielle après la mort de Charles IV. Car Philippe le Bel avait également une fille : Isabelle de France. Isabelle est devenue reine d’Angleterre. Son fils n’est autre qu’Édouard III, roi d’Angleterre.
Lorsque la lignée masculine directe des Capétiens s’éteindra en 1328, Édouard pourra faire valoir qu’il est le petit-fils de Philippe le Bel.
Face à lui se dressera Philippe de Valois, cousin des derniers rois capétiens par une lignée masculine.
Le choix effectué par les grands du royaume décidera de l’avenir de la monarchie française. Et quelques années plus tard, les prétentions du souverain anglais à la couronne de France contribueront à nourrir un conflit qui durera plus d’un siècle : la guerre de Cent Ans.
Ainsi, le règne relativement paisible de Philippe V le Long se trouve au cœur d’une transformation capitale. En écartant les femmes de la succession, Philippe avait résolu la crise de 1316.
Mais il avait également contribué à poser les règles d’une crise beaucoup plus importante qui éclaterait à peine onze ans plus tard.
Philippe V le Long ne figure pas parmi les souverains les plus célèbres de l’histoire de France. Son règne, qui ne dura qu’un peu plus de cinq ans, fut éclipsé par celui de son père Philippe le Bel et par l’importante crise dynastique qui suivit la disparition des derniers Capétiens directs. Pourtant, derrière ce roi discret se cache un souverain dont l’action mérite d’être redécouverte.
Son accession au trône constitue à elle seule un tournant majeur. En 1316, après la mort de Louis X puis celle du petit Jean Iᵉʳ le Posthume, Philippe parvient à imposer son droit à la couronne face à sa nièce Jeanne. Le principe selon lequel une femme ne peut devenir reine de France s’affirme alors et deviendra progressivement l’une des règles fondamentales de la monarchie.
Mais, Philippe V ne fut pas seulement le roi d’une succession contestée.
Une fois installé sur le trône, il se révéla un administrateur actif. Il chercha à assainir les finances, à stabiliser la monnaie, à mieux contrôler les officiers royaux et même à uniformiser les poids et mesures. Tous ses projets ne réussirent pas, mais ils témoignent d’une conception de plus en plus moderne du gouvernement : le royaume devait être organisé selon des règles communes et administré avec davantage d’efficacité.
Il sut également privilégier la négociation lorsque celle-ci pouvait éviter une guerre coûteuse. L’accord conclu avec la Flandre en 1320 permit de mettre fin à un conflit qui avait épuisé la monarchie depuis le règne de Philippe le Bel.
Son époque n’en demeure pas moins marquée par de graves difficultés. Les conséquences de la grande famine, les troubles des Pastoureaux et les persécutions contre les communautés juives rappellent toute la violence et les profondes intolérances de la société médiévale dans laquelle s’inscrit son règne.
Et puis demeure l’ironie de son destin.
Philippe V avait obtenu la couronne parce que sa nièce Jeanne avait été écartée de la succession. Lorsqu’il mourut à son tour sans fils en 1322, ses propres filles furent exclues du trône en vertu du même principe.
La couronne passa alors à son frère Charles IV le Bel.
Sans le savoir, Philippe V avait contribué à fixer une règle qui allait dépasser largement son propre règne. Quelques années plus tard, lorsque la lignée masculine directe des Capétiens s’éteindrait, cette question successorale prendrait une dimension européenne et participerait aux rivalités qui conduiraient à la guerre de Cent Ans.
Philippe V le Long apparaît ainsi comme un roi de transition, mais certainement pas comme un roi sans importance.
En seulement quelques années, il stabilisa un royaume fragilisé, poursuivit la construction administrative de la monarchie et contribua à définir les règles qui gouverneraient pendant des siècles la transmission de la couronne de France.
Parfois, l’Histoire ne se transforme pas seulement sous le règne des grands conquérants ou des souverains légendaires. Elle se joue aussi dans les décisions de rois plus discrets.
Philippe V le Long fut l’un d’eux.
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