Charles IV le Bel :
Le dernier des Capétiens directs
Introduction
Lorsque Charles IV le Bel monte sur le trĂ´ne en 1322, personne ne sait encore que son règne marquera la fin d’une Ă©poque commencĂ©e plus de trois siècles auparavant avec Hugues Capet.
Depuis 987, les CapĂ©tiens ont rĂ©ussi Ă transmettre la couronne de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Cette remarquable continuitĂ© dynastique a permis aux rois de France de renforcer progressivement leur autoritĂ© et d’agrandir leur domaine.
Mais, depuis la mort de Philippe le Bel en 1314, cette stabilité se fissure.
Ses fils disparaissent les uns après les autres.
Louis X le Hutin meurt en 1316. Son fils Jean Ier le Posthume ne survit que cinq jours. Philippe V le Long disparaît à son tour en 1322 sans laisser de fils.
Il ne reste alors qu’un seul fils de Philippe le Bel capable de porter la couronne : Charles.
Le dernier fils de Philippe le Bel
Né en 1294, Charles est le troisième fils de Philippe IV le Bel et de Jeanne de Navarre. Comme il a deux frères aînés, rien ne semble le destiner à devenir roi.
Mais, la disparition successive de Louis X et de Philippe V change son destin.
À la mort de Philippe V, ses filles sont écartées de la succession conformément au principe qui avait déjà empêché Jeanne, fille de Louis X, de devenir reine de France.
Charles hérite donc de la couronne.
Il est sacré à Reims le 21 février 1322 sous le nom de Charles IV.
Comme son père Philippe IV, il reçoit le surnom de « le Bel », probablement en raison de son apparence physique.
Le nouveau souverain hĂ©rite d’un royaume puissant, mais les difficultĂ©s ne manquent pas. Les finances restent fragiles, les tensions sociales persistent et les relations avec l’Angleterre deviennent de plus en plus dĂ©licates.
Un roi confrontĂ© Ă l’Angleterre
Charles IV doit notamment affronter son beau-frère, le roi d’Angleterre Édouard II.
Les souverains anglais possèdent toujours le duché de Guyenne et doivent, à ce titre, rendre hommage au roi de France. Cette situation provoque régulièrement des tensions entre les deux monarchies.
En 1324, le conflit éclate ouvertement lors de la guerre de Saint-Sardos.
Les Français occupent une grande partie des possessions anglaises en Guyenne. Pour tenter de rĂ©soudre la crise, Isabelle de France, sĹ“ur de Charles IV et Ă©pouse d’Édouard II, revient en France afin de nĂ©gocier avec son frère.
Cette princesse va bientĂ´t jouer un rĂ´le considĂ©rable dans l’histoire de l’Angleterre… mais Ă©galement, indirectement, dans celle de la France.
Car son fils est le futur Édouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel.
Une obsession : obtenir un héritier.
Pour Charles IV, cependant, la préoccupation essentielle reste la succession.
Le roi se marie trois fois.
Son premier mariage avec Blanche de Bourgogne avait Ă©tĂ© brisĂ© par le scandale de la tour de Nesle. Après l’annulation de cette union, il Ă©pouse Marie de Luxembourg, puis Jeanne d’Évreux.
Mais, les années passent et aucun fils ne survit.
La situation devient inquiétante.
Charles est dĂ©sormais le dernier reprĂ©sentant masculin direct de la dynastie issue d’Hugues Capet.
S’il disparaĂ®t sans fils, qui deviendra roi de France ?
1328 : une dynastie s’Ă©teint
Lorsque Charles IV meurt le 1ᵉʳ fĂ©vrier 1328, Jeanne d’Évreux est enceinte.
Une situation semblable Ă celle qui avait suivi la mort de Louis X se reproduit : le royaume doit attendre la naissance de l’enfant.
Mais, cette fois, une fille vient au monde.
Il n’existe donc plus aucun fils ni petit-fils par les hommes de Philippe le Bel capable de monter sur le trĂ´ne.
Après 341 annĂ©es de transmission dynastique depuis l’avènement d’Hugues Capet, la lignĂ©e masculine directe des CapĂ©tiens s’Ă©teint.
Deux grandes prétentions vont alors se dessiner.
D’un cĂ´tĂ©, Philippe de Valois, cousin germain des derniers rois et descendant de Saint Louis par les hommes.
De l’autre, le jeune Édouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France.
Les grands du royaume choisissent Philippe de Valois, qui devient Philippe VI, premier roi de la dynastie des Valois.
Mais, la question de la succession n’est pas dĂ©finitivement enterrĂ©e.
Quelques années plus tard, Édouard III revendiquera la couronne de France.
Cette rivalitĂ© contribuera Ă dĂ©clencher l’un des conflits les plus cĂ©lèbres de notre histoire : la guerre de Cent Ans.
Ainsi, derrière le règne relativement court et mĂ©connu de Charles IV le Bel se cache un Ă©vĂ©nement considĂ©rable : la fin des CapĂ©tiens directs et le commencement d’une nouvelle Ă©poque pour le royaume de France.
Qui était ce dernier fils de Philippe le Bel ? Comment gouverna-t-il le royaume ? Comment sa mort sans héritier masculin transforma-t-elle une simple question de succession en une crise européenne ?
Découvrons le règne de Charles IV le Bel, le dernier des Capétiens directs.
1. Charles avant la couronne : un prince marqué par le scandale de la tour de Nesle
Avant de devenir le dernier roi des CapĂ©tiens directs, Charles IV connaĂ®t une jeunesse marquĂ©e par les ambitions de son père Philippe le Bel, mais Ă©galement par l’un des plus grands scandales de la famille royale.
Troisième fils du roi, Charles grandit derrière ses frères Louis et Philippe. Pendant longtemps, ses chances d’accĂ©der au trĂ´ne paraissent très faibles. Son destin semble plutĂ´t devoir ĂŞtre celui d’un grand prince au service de la monarchie.
Comme ses frères, il contracte un mariage destiné à renforcer les alliances de la dynastie.
En 1308, Charles épouse Blanche de Bourgogne.
La jeune femme appartient Ă une puissante famille princière. Elle est la fille d’Othon IV, comte de Bourgogne, et de Mahaut d’Artois.
Personne n’imagine alors que cette union sera bientĂ´t emportĂ©e par un scandale retentissant.
Blanche de Bourgogne et la tour de Nesle
En 1314 Ă©clate l’affaire que nous connaissons sous le nom de scandale de la tour de Nesle.
Marguerite de Bourgogne, Ă©pouse de Louis, et Blanche de Bourgogne, Ă©pouse de Charles, sont accusĂ©es d’avoir entretenu des relations adultères avec les frères d’Aunay.
Jeanne de Bourgogne, Ă©pouse de Philippe, est Ă©galement inquiĂ©tĂ©e, mais son rĂ´le est diffĂ©rent. AccusĂ©e d’avoir favorisĂ© ou connu les rencontres, elle sera finalement rĂ©habilitĂ©e et retrouvera son mari.
Pour Blanche, en revanche, les conséquences sont terribles.
Elle est reconnue coupable d’adultère, tondue et emprisonnĂ©e Ă Château-Gaillard.
Charles se retrouve donc dans une situation humiliante : son Ă©pouse est publiquement accusĂ©e de l’avoir trompĂ©.
L’affaire ne touche pas seulement son honneur.
Dans une famille royale, l’adultère soulève une question beaucoup plus grave : celle de la lĂ©gitimitĂ© des enfants et donc de la succession dynastique.
Un mariage devenu impossible
Lorsque le scandale Ă©clate, Charles n’est encore que le troisième fils de Philippe le Bel.
Mais, les événements vont rapidement bouleverser la famille.
Philippe le Bel meurt en 1314.
Louis X lui succède, puis disparaît en 1316.
Après la mort du petit Jean Ier le Posthume, Philippe V devient roi.
Enfin, Philippe V meurt à son tour sans héritier masculin en janvier 1322.
Charles devient alors le prochain roi de France.
Mais, il existe un problème considérable : il est toujours marié à Blanche de Bourgogne.
Une femme emprisonnĂ©e pour adultère ne peut guère devenir reine de France et, surtout, Charles doit pouvoir contracter une nouvelle union afin d’espĂ©rer obtenir un hĂ©ritier masculin incontestable.
Le nouveau roi cherche donc Ă faire annuler son mariage.
Charles devient roi de France
Charles est sacré à Reims le 21 février 1322.
Peu après, le pape Jean XXII prononce l’annulation de son mariage avec Blanche, officiellement pour un motif de parentĂ© spirituelle.
Blanche demeure enfermée avant de finir ses jours dans un établissement religieux. Elle meurt quelques années plus tard.
Charles peut désormais se remarier.
Son choix se porte sur Marie de Luxembourg, fille de l’empereur Henri VII.
Cette union est prestigieuse et, surtout, elle offre au roi l’espoir d’obtenir enfin un fils.
Un héritier tant attendu… puis un nouveau drame
Marie de Luxembourg tombe enceinte.
Pour Charles, la naissance d’un garçon devient essentielle. Ses deux frères sont morts sans laisser de fils capable de poursuivre la dynastie. Lui-mĂŞme est dĂ©sormais le dernier fils vivant de Philippe le Bel.
Mais, en 1324, un terrible accident survient. Alors qu’elle voyage, la reine est victime d’un accident de voiture. Enceinte, elle donne naissance prĂ©maturĂ©ment Ă un fils, Louis. L’enfant ne survit pas. Marie meurt Ă son tour quelques jours plus tard.
Charles perd ainsi en très peu de temps son Ă©pouse et le fils qui aurait pu assurer l’avenir de la dynastie.
Un troisième mariage pour sauver la dynastie
Le roi n’a dĂ©sormais plus le choix : il doit se remarier rapidement.
En juillet 1325, il Ă©pouse Jeanne d’Évreux, sa cousine. Une fois encore, tous les espoirs reposent sur la naissance d’un hĂ©ritier masculin. Jeanne donnera plusieurs filles au roi, mais aucun garçon ne survivra.
Cette absence de fils va progressivement transformer une affaire familiale en une question politique majeure.
Car Charles IV n’est pas simplement un roi qui cherche un hĂ©ritier. Il est le dernier homme de la branche directe des CapĂ©tiens.
Pendant qu’il tente d’assurer l’avenir de sa dynastie, une autre crise se dĂ©veloppe au sud-ouest du royaume.
Elle oppose Charles IV Ă son propre beau-frère, le roi d’Angleterre Édouard II.
Au centre de cette confrontation se trouve une femme qui va bientĂ´t jouer un rĂ´le extraordinaire : Isabelle de France, sĹ“ur de Charles IV et reine d’Angleterre.
2. Charles IV face Ă l’Angleterre : la guerre de Saint-Sardos et le rĂ´le d’Isabelle de France
Lorsque Charles IV monte sur le trĂ´ne en 1322, les relations entre la France et l’Angleterre sont depuis longtemps compliquĂ©es.
Le problème vient notamment des possessions que les rois d’Angleterre dĂ©tiennent dans le sud-ouest de la France.
Le roi d’Angleterre est souverain dans son propre royaume, mais pour le duchĂ© d’Aquitaine — souvent appelĂ© Guyenne dans ce contexte — il reste le vassal du roi de France.
Cette situation ambiguë provoque régulièrement des tensions.
Comment un roi peut-il accepter de s’agenouiller devant un autre roi et lui rendre hommage ?
Sous Charles IV, cette vieille rivalité va de nouveau provoquer une guerre.
Saint-Sardos, une petite affaire qui déclenche un grand conflit
En 1323, un diffĂ©rend Ă©clate autour de Saint-Sardos, dans l’Agenais.
Le Parlement de Paris soutient l’Ă©tablissement d’une bastide relevant de l’autoritĂ© française sur un territoire oĂą les droits du roi d’Angleterre sont contestĂ©s.
Des seigneurs locaux favorables aux Anglais réagissent violemment. Le représentant du roi de France présent sur place est tué et la bastide est attaquée.
Pour Charles IV, l’affront est grave.
Il exige que son beau-frère, Édouard II d’Angleterre, sanctionne les responsables et vienne lui rendre hommage pour ses possessions françaises.
La situation se détériore rapidement.
En 1324, Charles confisque le duché et envoie une armée dans le sud-ouest.
Commence alors la guerre de Saint-Sardos.
Une victoire rapide des Français
Les forces françaises sont commandĂ©es notamment par Charles de Valois, oncle du roi. L’armĂ©e progresse rapidement en Guyenne et s’empare de nombreuses places.
Les Anglais se retrouvent en grande difficulté. Édouard II doit négocier.
Mais venir personnellement en France pour rendre hommage Ă Charles IV reprĂ©sente pour lui un problème politique considĂ©rable. Le roi d’Angleterre traverse alors une pĂ©riode très difficile dans son propre royaume et craint de quitter le pays.
C’est alors qu’une femme entre au cĹ“ur des nĂ©gociations.
Cette femme est Isabelle de France.
Isabelle, sĹ“ur d’un roi et Ă©pouse d’un autre
Isabelle est la sĹ“ur de Charles IV et l’Ă©pouse d’Édouard II.
Fille de Philippe le Bel, elle appartient Ă la famille royale française tout en Ă©tant reine d’Angleterre.
En 1325, elle revient en France afin de négocier avec son frère.
Une solution est trouvée : Édouard II ne viendra pas lui-même rendre hommage. Il transmet à son fils Édouard, futur Édouard III, les possessions françaises concernées afin que celui-ci puisse accomplir la cérémonie à sa place.
Le jeune prince traverse donc la Manche. Il rend hommage à Charles IV pour les territoires détenus en France.
Ă€ cet instant, personne ne peut encore imaginer l’ironie de la scène. Quelques annĂ©es plus tard, ce mĂŞme jeune homme revendiquera la couronne de France.
Isabelle refuse de rentrer en Angleterre.
La mission diplomatique d’Isabelle prend bientĂ´t une tournure beaucoup plus spectaculaire.
La reine entretient des relations extrĂŞmement mauvaises avec son Ă©poux Édouard II, notamment en raison de l’influence exercĂ©e sur lui par ses favoris, les Despenser.
Une fois en France, Isabelle refuse de retourner auprès de son mari.
Elle se rapproche de Roger Mortimer, noble anglais exilé devenu son allié et son compagnon.
En 1326, Isabelle et Mortimer débarquent en Angleterre avec une petite armée.
Le rĂ©gime d’Édouard II s’effondre rapidement.
Le roi est contraint d’abdiquer en janvier 1327 au profit de son fils, qui devient Édouard III d’Angleterre.
Isabelle de France, fille de Philippe le Bel, est dĂ©sormais la mère du nouveau roi d’Angleterre.
Ce dĂ©tail va bientĂ´t devenir essentiel pour l’avenir de la France.
Le petit-fils de Philippe le Bel
Par sa mère, Édouard III est en effet le petit-fils de Philippe IV le Bel.
Il descend donc directement des Capétiens.
Tant que Charles IV possède l’espoir d’avoir un fils, cette parentĂ© ne constitue pas un problème immĂ©diat. Mais le temps passe.
Le roi de France n’a toujours aucun hĂ©ritier masculin.
Et si Charles disparaît sans fils, une question redoutable se posera :
Isabelle, qui ne peut elle-mĂŞme devenir reine de France, peut-elle transmettre Ă son fils les droits qu’elle tient de son père ?
Les juristes et les grands seigneurs du royaume devront bientôt répondre à cette question.
Une monarchie qui semble encore solide
Pendant ce temps, Charles IV poursuit son gouvernement.
Comme son père et son frère Philippe V, il cherche Ă affirmer l’autoritĂ© de la monarchie et Ă maintenir l’ordre dans le royaume.
Ă€ l’extĂ©rieur, le prestige de la France demeure important. Charles intervient dans plusieurs affaires europĂ©ennes et entretient des ambitions diplomatiques qui tĂ©moignent encore de la puissance acquise par les CapĂ©tiens.
Rien ne semble annoncer l’effondrement de la dynastie.
Pourtant, tout repose dĂ©sormais sur la naissance d’un garçon.
En 1327, Jeanne d’Évreux est de nouveau enceinte. Pour Charles IV, l’enfant qu’elle porte reprĂ©sente bien davantage qu’un hĂ©ritier. Il peut sauver une dynastie qui règne sur la France depuis Hugues Capet.
Mais, au dĂ©but de l’annĂ©e 1328, Charles tombe gravement malade. Lorsque le roi comprend qu’il va mourir, le sexe de l’enfant Ă naĂ®tre est encore inconnu.
Pour la première fois depuis plus de trois siècles, personne ne sait avec certitude qui portera bientôt la couronne de France.
3. 1328 : la mort de Charles IV et la fin des Capétiens directs
Au dĂ©but de l’annĂ©e 1328, l’avenir de la monarchie française repose sur l’enfant que porte Jeanne d’Évreux.
Charles IV n’a aucun fils vivant. Ses deux frères, Louis X et Philippe V, sont morts avant lui sans laisser eux-mĂŞmes d’hĂ©ritier mâle survivant.
Le roi est désormais le dernier fils de Philippe le Bel.
Et sa santé se dégrade rapidement.
La mort du dernier fils de Philippe le Bel
Charles IV meurt le 1ᵉʳ février 1328, à Vincennes, à seulement trente-trois ans.
Son règne aura duré six années. Mais, il est impossible de désigner immédiatement son successeur.
Jeanne d’Évreux est enceinte. Si elle met au monde un garçon, celui-ci deviendra roi de France dès sa naissance, comme Jean Iᵉʳ le Posthume douze ans auparavant. Si elle donne naissance Ă une fille, en revanche, la situation sera totalement diffĂ©rente.
En attendant l’accouchement, il faut confier le gouvernement du royaume Ă un rĂ©gent. Le choix se porte sur Philippe de Valois, cousin germain de Charles IV. Il est le fils de Charles de Valois, lui-mĂŞme frère cadet de Philippe IV le Bel.
Pendant plusieurs semaines, la France attend.
Une naissance qui dĂ©cide du destin d’une dynastie
Le 1er avril 1328, Jeanne d’Évreux accouche.
C’est une fille. Elle reçoit le prĂ©nom de Blanche.
À cet instant, la situation devient claire : Charles IV ne laissera aucun héritier masculin.
La lignĂ©e masculine directe des CapĂ©tiens, commencĂ©e avec Hugues Capet en 987, vient de s’Ă©teindre. Il faut dĂ©sormais chercher le nouveau roi parmi les autres descendants de la famille capĂ©tienne. Mais lequel possède les meilleurs droits ?
La rĂ©ponse est loin d’ĂŞtre Ă©vidente.
Philippe de Valois ou Édouard III d’Angleterre ?
Deux parentés vont jouer un rôle essentiel.
Philippe de Valois descend de Philippe III le Hardi par son père, Charles de Valois. Il appartient donc à la dynastie capétienne par une lignée masculine.
De son cĂ´tĂ©, le roi d’Angleterre Édouard III est le petit-fils de Philippe IV le Bel. Son lien avec le dernier grand roi capĂ©tien est mĂŞme plus proche en nombre de gĂ©nĂ©rations.
Mais il passe par une femme : sa mère, Isabelle de France.
La question devient alors fondamentale :
Une femme exclue elle-mĂŞme de la couronne peut-elle transmettre Ă son fils un droit qu’elle ne peut exercer ?
Les grands du royaume répondent finalement par la négative.
Puisque les filles de Louis X et de Philippe V ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© Ă©cartĂ©es du trĂ´ne, il apparaĂ®t dangereux d’accepter qu’une femme puisse transmettre Ă son fils un droit Ă cette mĂŞme couronne.
Un autre Ă©lĂ©ment pèse probablement lourd : choisir Édouard III reviendrait Ă placer sur le trĂ´ne de France un souverain qui est dĂ©jĂ roi d’Angleterre.
Philippe de Valois est donc choisi.
Philippe VI : le premier roi Valois
Philippe est couronné à Reims le 29 mai 1328 sous le nom de Philippe VI.
Une nouvelle branche de la famille capétienne monte sur le trône : celle des Valois.
Il ne s’agit donc pas d’une rupture totale avec les CapĂ©tiens. Philippe VI descend lui aussi d’Hugues Capet. Mais la succession directe de père en fils, qui avait constituĂ© l’une des grandes forces de la monarchie depuis 987, est terminĂ©e.
Une nouvelle époque commence.
Dans un premier temps, Édouard III accepte la situation et rend hommage à Philippe VI pour ses possessions françaises en 1329.
Mais les relations entre les deux souverains vont progressivement se détériorer.
Édouard III revendique la couronne de France.
Les tensions autour de la Guyenne, les rivalitĂ©s politiques et les alliances franco-Ă©cossaises aggravent peu Ă peu les relations entre la France et l’Angleterre.
En 1337, Philippe VI confisque une nouvelle fois le duchĂ© d’Aquitaine.
Édouard III réagit. Il remet alors en avant ses droits dynastiques et revendique officiellement la couronne de France en tant que petit-fils de Philippe le Bel.
La querelle successorale de 1328 devient ainsi l’un des Ă©lĂ©ments d’un conflit beaucoup plus vaste. Commence bientĂ´t ce que les historiens appelleront la guerre de Cent Ans.
La fin d’une Ă©poque commencĂ©e avec Hugues Capet
Charles IV le Bel n’est pas restĂ© dans les mĂ©moires pour de grandes conquĂŞtes ou des rĂ©formes spectaculaires.
Pourtant, sa mort constitue l’un des grands tournants de l’histoire de France.
De Hugues Capet Ă Charles IV, quatorze rois capĂ©tiens directs se sont succĂ©dĂ©. Pendant plus de trois siècles, ils ont progressivement transformĂ© un domaine royal relativement limitĂ© en l’une des monarchies les plus puissantes d’Europe.
Philippe Auguste avait considérablement agrandi le domaine royal.
Saint Louis avait donné à la monarchie un prestige exceptionnel.
Philippe le Bel avait renforcĂ© l’administration et l’autoritĂ© de l’État.
Mais en l’espace de quatorze annĂ©es seulement, ses trois fils et son petit-fils disparaissent sans laisser d’hĂ©ritier masculin capable de poursuivre la lignĂ©e.
En 1328, les Capétiens directs quittent donc le trône de France.
Les Valois leur succèdent. Avec eux commence une période autrement plus tourmentée, faite de rivalités dynastiques, de défaites, de victoires, de révoltes et de guerres.
Charles IV le Bel ferme ainsi un chapitre de plus de trois siècles.
Sa mort en ouvre immédiatement un autre : celui des Valois et de la guerre de Cent Ans.
Conclusion : Charles IV le Bel, le roi qui clĂ´t trois siècles d’histoire capĂ©tienne
Le règne de Charles IV le Bel paraĂ®t relativement discret lorsqu’on le compare Ă ceux de Philippe Auguste, Saint Louis ou Philippe le Bel. Il ne laisse derrière lui ni conquĂŞte spectaculaire ni monument emblĂ©matique.
Pourtant, sa disparition constitue l’un des plus grands tournants de l’histoire de la monarchie française.
Un roi dans la continuité de ses prédécesseurs
Charles IV appartient encore pleinement à cette monarchie capétienne construite par ses ancêtres.
Comme son frère Philippe V, il cherche Ă maintenir l’autoritĂ© royale et Ă prĂ©server l’ordre dans le royaume. Son règne est notamment marquĂ© par les tensions avec l’Angleterre et par la guerre de Saint-Sardos, qui rĂ©vèle une nouvelle fois toute la difficultĂ© des relations entre les deux couronnes.
Mais, derrière ces questions politiques se cache une préoccupation beaucoup plus personnelle et, finalement, beaucoup plus décisive : donner un héritier masculin à la France.
Ses trois mariages ne lui permettent pas d’obtenir le fils capable de poursuivre la lignĂ©e.
Lorsqu’il meurt en 1328, tout l’Ă©quilibre dynastique construit depuis des gĂ©nĂ©rations bascule.
La fin des Capétiens directs
Depuis l’avènement d’Hugues Capet en 987, la couronne Ă©tait restĂ©e entre les mains de ses descendants directs. Cette extraordinaire continuitĂ© avait largement contribuĂ© Ă renforcer la monarchie.
Mais, après la mort de Philippe le Bel en 1314, tout s’accĂ©lère.
Louis X disparaît en 1316.
Jean Iᵉʳ le Posthume ne vit que cinq jours.
Philippe V meurt en 1322 sans fils.
Puis Charles IV disparaĂ®t Ă son tour en 1328 sans laisser d’hĂ©ritier masculin.
En seulement quatorze annĂ©es, la puissante descendance masculine de Philippe le Bel s’est Ă©teinte.
La mort de Charles IV met ainsi un terme à plus de trois siècles de règne des Capétiens directs.
Une succession qui change l’histoire de France
Le choix de Philippe de Valois comme nouveau roi aurait pu n’ĂŞtre qu’une affaire dynastique. Il aura pourtant des consĂ©quences considĂ©rables. En privilĂ©giant un descendant de la famille capĂ©tienne par les hommes, les grands du royaume Ă©cartent la possibilitĂ© de transmettre la couronne par une femme.
Édouard III d’Angleterre, pourtant petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France, n’est donc pas choisi. La règle successorale qui s’affirme alors sera plus tard justifiĂ©e et renforcĂ©e par la rĂ©fĂ©rence Ă la loi salique.
Mais, la rivalitĂ© entre les rois de France et d’Angleterre ne disparaĂ®t pas. Elle vient au contraire s’ajouter aux conflits territoriaux, fĂ©odaux et politiques qui opposent dĂ©jĂ les deux royaumes.
Quelques années plus tard, Édouard III revendiquera lui-même la couronne de France.
La guerre de Cent Ans se profile Ă l’horizon.
Charles IV, la fin d’un monde et le dĂ©but d’un autre
Charles IV le Bel reste donc un roi de transition.
Son règne ne possède peut-ĂŞtre pas l’Ă©clat de ceux de certains de ses ancĂŞtres, mais sa mort change profondĂ©ment le destin du royaume. Avec lui disparaĂ®t la branche directe de cette dynastie que nous suivons depuis Hugues Capet.
Une nouvelle famille monte désormais sur le trône : les Valois.
Et notre voyage Ă travers l’histoire des rois de France va entrer dans une pĂ©riode particulièrement mouvementĂ©e.
Le prochain souverain, Philippe VI de Valois, devra affronter une crise dynastique devenue internationale.
Car dĂ©sormais, face au roi de France se dresse un autre souverain qui n’a pas oubliĂ© qu’il est lui aussi le petit-fils de Philippe le Bel :
Édouard III, roi d’Angleterre.
Avec Charles IV le Bel s’achève donc une Ă©poque.
Avec Philippe VI commence bientĂ´t celle de la guerre de Cent Ans.

