Philippe V le Long

Philippe V le Long

Le roi qui consolida la Couronne après la crise de succession

Philippe V le Long régna de 1316 à 1322. Roi administrateur et réformateur, son accession au trône contribua surtout à transformer durablement les règles de succession de la monarchie française.

INTRODUCTION

Lorsque Philippe V monte sur le trĂ´ne de France en 1316, la monarchie capĂ©tienne traverse une situation qu’elle n’avait encore jamais connue. Pendant plus de trois siècles, la couronne s’Ă©tait transmise sans interruption de père en fils. Mais, la mort prĂ©maturĂ©e de Louis X le Hutin, suivie de celle de son fils Jean Iᵉʳ le Posthume après seulement cinq jours de vie, vient brutalement rompre cette remarquable continuitĂ©.

NĂ© vers 1293, Philippe est le deuxième fils de Philippe IV le Bel et de Jeanne de Navarre. Rien ne le destinait donc, Ă  l’origine, Ă  devenir roi de France. Son frère aĂ®nĂ© Louis devait hĂ©riter de la couronne et la transmettre Ă  son propre fils. Le destin en dĂ©cide autrement.

Après la mort de Louis X en juin 1316, Philippe exerce la rĂ©gence en attendant la naissance de l’enfant que porte la reine ClĂ©mence de Hongrie. Lorsque celle-ci donne naissance Ă  un garçon, Jean Iᵉʳ, le problème semble rĂ©solu. Mais le nourrisson meurt cinq jours plus tard.

Une question essentielle se pose alors : qui doit hériter de la couronne de France ?

Une succession qui bouleverse les règles de la monarchie

Louis X. laisse une fille, Jeanne, née de son mariage avec Marguerite de Bourgogne. Peut-elle devenir reine de France ? Ou la couronne doit-elle revenir au frère du roi défunt ?

Philippe choisit de faire valoir ses droits. SacrĂ© Ă  Reims en janvier 1317 sous le nom de Philippe V, il obtient le soutien d’une assemblĂ©e de grands seigneurs, de prĂ©lats et de reprĂ©sentants de Paris qui affirme qu’une femme ne peut succĂ©der au royaume de France.

Cette dĂ©cision dĂ©passe largement le destin personnel de Philippe V. Elle contribue Ă  Ă©tablir un principe successoral qui sera progressivement associĂ© Ă  la loi salique et jouera bientĂ´t un rĂ´le fondamental dans l’histoire de la monarchie française.

Un roi rĂ©formateur aujourd’hui mĂ©connu

Mais Philippe V ne fut pas seulement le roi d’une crise dynastique.

SurnommĂ© « le Long », probablement en raison de sa grande taille, il se rĂ©vèle un souverain Ă©nergique et mĂ©thodique. HĂ©ritier de la politique administrative de son père Philippe le Bel, il cherche Ă  remettre de l’ordre dans les finances, Ă  amĂ©liorer le fonctionnement de l’administration et Ă  renforcer l’autoritĂ© royale après les troubles du règne prĂ©cĂ©dent.

Il tente Ă©galement d’unifier les poids et mesures, de mieux contrĂ´ler la monnaie et de lutter contre certains abus des officiers royaux. Son règne tĂ©moigne ainsi d’une Ă©volution importante: la monarchie française devient progressivement une administration de plus en plus structurĂ©e.

Philippe doit également régler le long conflit avec la Flandre et faire face aux difficultés économiques et sociales qui frappent le royaume au début du XIVᵉ siècle.

Pourtant, alors qu’il semble avoir stabilisĂ© la monarchie, le mĂŞme problème qui avait bouleversĂ© la succession de son frère va se prĂ©senter Ă  lui.

Philippe V a plusieurs filles, mais aucun fils ne lui survit.

Lorsqu’il meurt en 1322, le principe qui lui avait permis d’Ă©carter sa nièce Jeanne de la couronne se retourne contre ses propres filles. Le trĂ´ne passe alors Ă  son frère cadet, Charles IV le Bel.

La dynastie des Capétiens directs se rapproche inexorablement de son extinction.

Qui Ă©tait rĂ©ellement Philippe V le Long ? Usurpateur ayant profitĂ© de la faiblesse d’une enfant pour s’emparer de la couronne, ou souverain habile ayant permis d’Ă©viter une dangereuse crise politique ?

Découvrons le règne de ce roi méconnu qui, en seulement cinq années de pouvoir, contribua à fixer les règles de succession de la monarchie française et tenta de restaurer la stabilité du royaume.

I – Une couronne disputée : comment Philippe V devint roi de France

Lorsque Louis X le Hutin meurt dans la nuit du 4 au 5 juin 1316, la monarchie française se trouve confrontée à une situation totalement nouvelle. Le roi ne laisse aucun fils vivant, mais son épouse, Clémence de Hongrie, est enceinte.

Impossible, dans ces conditions, de désigner immédiatement un successeur.

Louis laisse Ă©galement une fille de quatre ans, Jeanne, nĂ©e de son premier mariage avec Marguerite de Bourgogne. En thĂ©orie, la jeune princesse pourrait prĂ©tendre Ă  l’hĂ©ritage de son père. Mais personne ne sait encore si ClĂ©mence donnera naissance Ă  un garçon.

Le royaume doit donc attendre.

Philippe devient régent.

Philippe, frère cadet de Louis X, parvient Ă  s’imposer comme rĂ©gent pendant la grossesse de la reine.

Cette position lui donne un avantage considĂ©rable. Il se trouve dĂ©sormais au centre du pouvoir et peut s’appuyer sur une partie importante de la noblesse et des conseillers royaux.

Le 15 novembre 1316, ClĂ©mence de Hongrie met enfin au monde un fils : Jean. Le nourrisson devient immĂ©diatement roi de France sous le nom de Jean Iᵉʳ. Mais, cinq jours plus tard, le 20 novembre, l’enfant meurt.

La couronne se retrouve de nouveau sans titulaire incontestable.

Cette fois, Philippe dĂ©cide d’agir.

Et Jeanne, la fille de Louis X ?

La situation de Jeanne est particulièrement dĂ©licate. Elle est la fille officiellement reconnue de Louis X. Mais, le scandale de la tour de Nesle a gravement compromis la rĂ©putation de sa mère, Marguerite de Bourgogne, accusĂ©e d’adultère en 1314. MĂŞme si Louis X avait reconnu Jeanne comme sa fille, certains pouvaient utiliser cette affaire pour faire planer un doute sur sa lĂ©gitimitĂ©.

Une question beaucoup plus cruciale apparaĂ®t : une femme peut-elle devenir reine de France et exercer elle-mĂŞme le pouvoir ? Aucune règle Ă©tablie n’apporte encore de rĂ©ponse dĂ©finitive.

Depuis Hugues Capet, la question ne s’Ă©tait tout simplement jamais posĂ©e de cette manière. Chaque roi avait rĂ©ussi Ă  laisser un hĂ©ritier masculin.

Philippe profite de cette incertitude.

Un sacre précipité et contesté

Le 9 janvier 1317, Philippe est sacré roi de France à Reims sous le nom de Philippe V.

Tout le monde n’accepte pourtant pas cette succession. Certains grands seigneurs, notamment le duc de Bourgogne, soutiennent les droits de la jeune Jeanne. Philippe doit donc obtenir une reconnaissance politique plus large.

Quelques semaines après son sacre, une assemblĂ©e rĂ©unissant prĂ©lats, nobles et reprĂ©sentants des villes approuve finalement son accession au trĂ´ne. L’idĂ©e s’impose alors qu’une femme ne peut succĂ©der au royaume de France.

Philippe V possède désormais la légitimité dont il avait besoin.

Jeanne est écartée de la couronne française. Elle conservera cependant des droits sur le royaume de Navarre et deviendra plus tard reine de Navarre sous le nom de Jeanne II.

La loi salique ? Pas encore tout Ă  fait.

On affirme souvent que Philippe V devint roi grâce à la « loi salique ».

La réalité historique est plus complexe.

La vieille loi des Francs saliens contenait bien une disposition excluant les femmes de l’hĂ©ritage de certaines terres familiales. Mais, au dĂ©but du XIVᵉ siècle, ce texte n’est pas encore utilisĂ© comme une loi fondamentale rĂ©glant la succession Ă  la couronne.

Le principe se construit Ă  partir des crises dynastiques de 1316 et de 1328. Ce n’est que plus tard que les juristes invoqueront la loi salique pour justifier l’exclusion des femmes et de leurs descendants de la succession au trĂ´ne. Philippe V participe donc, sans le savoir, Ă  la naissance d’une règle qui gouvernera la monarchie française pendant des siècles.

Une décision qui se retournera contre lui

L’histoire rĂ©serve cependant Ă  Philippe V une cruelle ironie.

Le roi est mariĂ© depuis 1307 Ă  Jeanne de Bourgogne, celle-lĂ  mĂŞme qui avait Ă©tĂ© impliquĂ©e dans le scandale de la tour de Nesle avant d’ĂŞtre rĂ©habilitĂ©e. Le couple a plusieurs filles. Mais, aucun fils ne survivra pour succĂ©der Ă  Philippe. Ainsi, le principe qui lui avait permis d’Ă©carter sa nièce Jeanne du trĂ´ne va bientĂ´t empĂŞcher ses propres filles d’hĂ©riter de la couronne.

Lorsque Philippe V mourut en 1322, personne ne pourra défendre leur accession au trône sans remettre en cause les arguments qui avaient permis à leur père de devenir roi.

La couronne passera donc au dernier fils de Philippe le Bel : Charles IV le Bel.

Mais, en 1317, Philippe V ignore encore ce que l’avenir rĂ©serve Ă  sa dynastie. Il vient de remporter sa bataille pour la couronne. Il lui reste maintenant Ă  prouver qu’il sait gouverner.

II- Philippe V le Long, un roi administrateur et réformateur

Une fois son autorité reconnue, Philippe V doit relever un défi considérable. Les dernières années du règne de Philippe le Bel puis la succession mouvementée de Louis X ont laissé un royaume traversé par des tensions politiques, financières et sociales.

Le nouveau souverain comprend qu’il doit rĂ©tablir la confiance tout en prĂ©servant l’autoritĂ© de la Couronne.

Contrairement Ă  l’image traditionnelle du roi mĂ©diĂ©val passant l’essentiel de son règne sur les champs de bataille, Philippe V apparaĂ®t surtout comme un roi administrateur. Il s’intĂ©resse au fonctionnement quotidien du royaume et cherche Ă  rendre le gouvernement plus efficace.

Remettre de l’ordre dans les finances

Les finances royales constituent l’une de ses principales prĂ©occupations.

Les guerres menées sous Philippe le Bel ont coûté très cher et les manipulations monétaires successives ont suscité le mécontentement de la population. Philippe V tente donc de restaurer davantage de stabilité.

Il cherche à mieux contrôler les dépenses, à améliorer la perception des revenus royaux et à surveiller les agents chargés de collecter les taxes.

Le roi s’appuie pour cela sur une administration qui s’est considĂ©rablement dĂ©veloppĂ©e depuis le règne de son grand-père Philippe III et surtout celui de son père Philippe le Bel.

Les juristes, les officiers et les spécialistes des finances prennent désormais une place essentielle dans le gouvernement.

La monarchie capétienne devient progressivement une véritable machine administrative.

Unifier les poids et mesures

Philippe V. nourrit également un projet particulièrement ambitieux : rendre les poids et mesures plus uniformes dans le royaume.

Aujourd’hui, acheter un kilo de farine Ă  Paris ou Ă  Marseille signifie Ă©videmment acheter la mĂŞme quantitĂ©.

Au Moyen Âge, la situation est très différente.

Chaque ville, chaque rĂ©gion et parfois chaque marchĂ© possède ses propres unitĂ©s. Une mesure de grain utilisĂ©e dans une province ne correspond pas nĂ©cessairement Ă  celle d’une autre. Cette diversitĂ© complique les Ă©changes et peut favoriser les fraudes.

Philippe V tente donc d’imposer davantage d’uniformitĂ©.

Le projet rencontre cependant de fortes rĂ©sistances. Les villes et les seigneurs tiennent Ă  leurs usages traditionnels et les moyens dont dispose l’administration royale restent insuffisants pour appliquer une rĂ©forme aussi vaste.

L’unification complète des poids et mesures ne sera rĂ©alisĂ©e que plusieurs siècles plus tard.

Mais cette tentative rĂ©vèle quelque chose d’important : Philippe V commence Ă  envisager le royaume comme un territoire dont certaines règles devraient ĂŞtre communes Ă  tous.

Surveiller les officiers du roi

Le souverain cherche Ă©galement Ă  lutter contre les abus commis par certains reprĂ©sentants de l’administration.

Baillis, sĂ©nĂ©chaux et autres officiers royaux disposent parfois d’un pouvoir considĂ©rable dans les provinces. Certains sont accusĂ©s d’utiliser leur fonction pour s’enrichir ou favoriser leurs proches.

Philippe V. tente de renforcer leur surveillance.

Il poursuit ainsi une politique déjà développée sous Saint Louis : le roi doit pouvoir contrôler ceux qui exercent son autorité en son nom.

Cette Ă©volution contribue lentement Ă  renforcer l’idĂ©e d’une justice et d’une administration dĂ©pendant directement de la Couronne.

Mettre fin au conflit avec la Flandre

Philippe V hĂ©rite Ă©galement d’un problème qui empoisonne les relations entre la monarchie française et la Flandre depuis le règne de son père.

Louis X avait tenté de reprendre la guerre en 1315, mais son armée avait été immobilisée par des pluies torrentielles et une boue infranchissable.

Philippe choisit la nĂ©gociation. En 1320, un accord permet de rĂ©tablir la paix avec le comte de Flandre, Robert de BĂ©thune. Le mariage du petit-fils du comte avec l’une des filles de Philippe V contribue Ă  consolider cette rĂ©conciliation.

Après des dĂ©cennies de guerres coĂ»teuses et difficiles, la monarchie obtient ainsi une pĂ©riode d’apaisement.

Une époque pourtant difficile pour la population

Malgré les efforts du roi, son règne se déroule dans un contexte économique et social particulièrement dur.

Les mauvaises rĂ©coltes et la grande famine qui frappe l’Europe du Nord entre 1315 et 1317 ont laissĂ© de profondes traces. Le prix des cĂ©rĂ©ales augmente, les populations les plus pauvres souffrent et les tensions se multiplient.

Ă€ ces difficultĂ©s s’ajoutent des Ă©pisodes de violence religieuse.

En 1320, le mouvement appelé croisade des Pastoureaux rassemble des groupes populaires qui prétendent vouloir partir combattre en Terre sainte. Rapidement, le mouvement échappe à tout contrôle et donne lieu à des violences, notamment contre des communautés juives.

Le pouvoir royal finit par intervenir pour tenter de rĂ©tablir l’ordre.

Le règne de Philippe V comporte d’ailleurs une face beaucoup plus sombre : les communautĂ©s juives subissent persĂ©cutions, accusations et mesures discriminatoires. Comme d’autres souverains mĂ©diĂ©vaux, Philippe agit dans un monde profondĂ©ment marquĂ© par l’intolĂ©rance religieuse.

Un roi qui cherche à construire un royaume plus cohérent

Malgré les limites de ses réformes, Philippe V apparaît ainsi comme un souverain méthodique.

Il ne possède ni le prestige de Saint Louis, ni la réputation redoutable de Philippe le Bel. Il ne mène pas non plus de grandes conquêtes.

Son ambition est différente. Il cherche avant tout à faire fonctionner le royaume.

Finances, monnaie, administration, justice, commerce : tous ces domaines attirent son attention. Derrière ces mesures parfois techniques se dessine une évolution essentielle de la monarchie française.

Le roi n’est plus seulement celui qui commande les armĂ©es et rend la justice. Il devient progressivement celui qui organise l’État.

Mais Philippe V dispose de peu de temps pour mener ses projets à leur terme. À peine la stabilité revenue, sa santé commence à décliner.

Et une nouvelle fois, la dynastie capétienne va se retrouver confrontée à la question qui semble désormais la poursuivre : qui héritera de la couronne ?

III – La mort de Philippe V : quand la règle de succession se retourne contre le roi

Au dĂ©but des annĂ©es 1320, Philippe V semble avoir rĂ©ussi Ă  stabiliser le royaume. La paix a Ă©tĂ© rĂ©tablie avec la Flandre, l’administration royale fonctionne mieux et le souverain poursuit ses projets de rĂ©forme.

Mais derrière cette apparente stabilitĂ© demeure une inquiĂ©tude majeure : Philippe V n’a pas d’hĂ©ritier masculin survivant.

Son mariage avec Jeanne de Bourgogne lui a donné plusieurs filles. Un fils, Philippe, est également né, mais il est mort en bas âge.

À mesure que les années passent, la question de la succession devient donc de plus en plus préoccupante.

Une situation étrangement semblable à celle de Louis X

Quelques annĂ©es auparavant, Philippe avait lui-mĂŞme profitĂ© de l’absence d’hĂ©ritier mâle de son frère Louis X.

La fille de celui-ci, Jeanne, avait été écartée de la couronne au profit de son oncle. Le principe selon lequel une femme ne pouvait devenir reine de France avait alors été affirmé.

Philippe V ne peut dĂ©sormais ignorer que cette règle s’appliquera Ă©galement Ă  ses propres filles.

S’il meurt sans fils, aucune d’elles ne pourra lui succĂ©der sans remettre en cause le principe qui avait permis Ă  leur père de monter sur le trĂ´ne.

Le prochain héritier masculin est donc son frère cadet, Charles, comte de la Marche.

La maladie frappe le roi.

Lors de l’annĂ©e 1321, la santĂ© de Philippe V se dĂ©grade. Les sources mĂ©diĂ©vales ne permettent pas d’Ă©tablir avec certitude la nature exacte de sa maladie. Certaines traditions Ă©voquent une dysenterie accompagnĂ©e de fièvre.

Le roi se retire Ă  l’abbaye de Longchamp, près de Paris. Son Ă©tat empire pendant plusieurs mois. Philippe V meurt dans la nuit du 2 au 3 janvier 1322, Ă  l’âge d’environ vingt-huit ou vingt-neuf ans.

Il n’a rĂ©gnĂ© qu’un peu plus de cinq annĂ©es. Comme son frère Louis X avant lui, il disparaĂ®t donc très jeune.

Ses filles sont écartées de la couronne.

Cette fois, contrairement Ă  ce qui s’Ă©tait produit en 1316, il n’y a pratiquement pas d’incertitude. Les filles de Philippe V sont exclues de la succession au trĂ´ne de France. La règle Ă©tablie quelques annĂ©es plus tĂ´t contre Jeanne, fille de Louis X, s’applique naturellement Ă  elles.

Le frère du roi défunt devient donc roi sous le nom de Charles IV le Bel. La succession paraît réglée. Mais, cette apparente simplicité dissimule un problème beaucoup plus grave. Charles IV est désormais le dernier fils vivant de Philippe le Bel.

S’il meurt Ă  son tour sans hĂ©ritier masculin, la branche directe des CapĂ©tiens n’aura plus aucun homme susceptible de poursuivre la dynastie de père en fils.

Une dynastie autrefois si solide commence Ă  vaciller.

La situation aurait semblé presque inimaginable quelques années auparavant.

Depuis l’accession d’Hugues Capet au trĂ´ne en 987, chaque roi avait rĂ©ussi pendant plus de trois siècles Ă  transmettre directement la couronne Ă  son fils. Cette extraordinaire continuitĂ© avait constituĂ© l’une des grandes forces de la dynastie capĂ©tienne.

Puis tout s’Ă©tait accĂ©lĂ©rĂ©. Philippe le Bel meurt en 1314. Louis X disparaĂ®t en 1316.

Jean Iᵉʳ le Posthume ne vit que cinq jours. Philippe V meurt en 1322.

En moins de huit ans, la France a donc vu disparaĂ®tre plusieurs souverains et la question de la succession est devenue l’un des problèmes essentiels de la monarchie.

Tous les regards se tournent désormais vers Charles IV.

Une décision aux conséquences européennes

L’exclusion des filles de Louis X puis de Philippe V ne concerne pas seulement les affaires intĂ©rieures du royaume. Elle contribue Ă  Ă©tablir une règle fondamentale : la couronne de France doit se transmettre par les hommes.

Mais bientôt se posera une question encore plus délicate : une femme qui ne peut elle-même devenir reine peut-elle transmettre à son fils un droit à la couronne ?

Cette interrogation deviendra essentielle après la mort de Charles IV. Car Philippe le Bel avait Ă©galement une fille : Isabelle de France. Isabelle est devenue reine d’Angleterre. Son fils n’est autre qu’Édouard III, roi d’Angleterre.

Lorsque la lignĂ©e masculine directe des CapĂ©tiens s’Ă©teindra en 1328, Édouard pourra faire valoir qu’il est le petit-fils de Philippe le Bel.

Face à lui se dressera Philippe de Valois, cousin des derniers rois capétiens par une lignée masculine.

Le choix effectuĂ© par les grands du royaume dĂ©cidera de l’avenir de la monarchie française. Et quelques annĂ©es plus tard, les prĂ©tentions du souverain anglais Ă  la couronne de France contribueront Ă  nourrir un conflit qui durera plus d’un siècle : la guerre de Cent Ans.

Ainsi, le règne relativement paisible de Philippe V le Long se trouve au cĹ“ur d’une transformation capitale. En Ă©cartant les femmes de la succession, Philippe avait rĂ©solu la crise de 1316.

Mais il avait Ă©galement contribuĂ© Ă  poser les règles d’une crise beaucoup plus importante qui Ă©claterait Ă  peine onze ans plus tard.

 

CONCLUSION : Philippe V le Long, un roi méconnu au rôle décisif

Philippe V le Long ne figure pas parmi les souverains les plus cĂ©lèbres de l’histoire de France. Son règne, qui ne dura qu’un peu plus de cinq ans, fut Ă©clipsĂ© par celui de son père Philippe le Bel et par l’importante crise dynastique qui suivit la disparition des derniers CapĂ©tiens directs. Pourtant, derrière ce roi discret se cache un souverain dont l’action mĂ©rite d’ĂŞtre redĂ©couverte.

Son accession au trĂ´ne constitue Ă  elle seule un tournant majeur. En 1316, après la mort de Louis X puis celle du petit Jean Iᵉʳ le Posthume, Philippe parvient Ă  imposer son droit Ă  la couronne face Ă  sa nièce Jeanne. Le principe selon lequel une femme ne peut devenir reine de France s’affirme alors et deviendra progressivement l’une des règles fondamentales de la monarchie.

Mais, Philippe V ne fut pas seulement le roi d’une succession contestĂ©e.

Un souverain qui voulut mieux organiser le royaume

Une fois installĂ© sur le trĂ´ne, il se rĂ©vĂ©la un administrateur actif. Il chercha Ă  assainir les finances, Ă  stabiliser la monnaie, Ă  mieux contrĂ´ler les officiers royaux et mĂŞme Ă  uniformiser les poids et mesures. Tous ses projets ne rĂ©ussirent pas, mais ils tĂ©moignent d’une conception de plus en plus moderne du gouvernement : le royaume devait ĂŞtre organisĂ© selon des règles communes et administrĂ© avec davantage d’efficacitĂ©.

Il sut Ă©galement privilĂ©gier la nĂ©gociation lorsque celle-ci pouvait Ă©viter une guerre coĂ»teuse. L’accord conclu avec la Flandre en 1320 permit de mettre fin Ă  un conflit qui avait Ă©puisĂ© la monarchie depuis le règne de Philippe le Bel.

Son Ă©poque n’en demeure pas moins marquĂ©e par de graves difficultĂ©s. Les consĂ©quences de la grande famine, les troubles des Pastoureaux et les persĂ©cutions contre les communautĂ©s juives rappellent toute la violence et les profondes intolĂ©rances de la sociĂ©tĂ© mĂ©diĂ©vale dans laquelle s’inscrit son règne.

Une règle de succession qui changea l’histoire de France

Et puis demeure l’ironie de son destin.

Philippe V avait obtenu la couronne parce que sa nièce Jeanne avait Ă©tĂ© Ă©cartĂ©e de la succession. Lorsqu’il mourut Ă  son tour sans fils en 1322, ses propres filles furent exclues du trĂ´ne en vertu du mĂŞme principe.

La couronne passa alors à son frère Charles IV le Bel.

Sans le savoir, Philippe V avait contribuĂ© Ă  fixer une règle qui allait dĂ©passer largement son propre règne. Quelques annĂ©es plus tard, lorsque la lignĂ©e masculine directe des CapĂ©tiens s’Ă©teindrait, cette question successorale prendrait une dimension europĂ©enne et participerait aux rivalitĂ©s qui conduiraient Ă  la guerre de Cent Ans.

Philippe V le Long apparaît ainsi comme un roi de transition, mais certainement pas comme un roi sans importance.

En seulement quelques années, il stabilisa un royaume fragilisé, poursuivit la construction administrative de la monarchie et contribua à définir les règles qui gouverneraient pendant des siècles la transmission de la couronne de France.

Parfois, l’Histoire ne se transforme pas seulement sous le règne des grands conquĂ©rants ou des souverains lĂ©gendaires. Elle se joue aussi dans les dĂ©cisions de rois plus discrets.

Philippe V le Long fut l’un d’eux.

 

 

Author: Marie61

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